Le Bénin enregistre aujourd’hui l’un des écarts salariaux les plus spectaculaires entre ses députés et ses fonctionnaires. Avec un ratio inédit de 25,20, le pays présente un fossé si profond qu’il interroge la logique d’équité républicaine et le sens même de la représentation nationale. À l’heure où le service public ploie sous les exigences, la grille salariale actuelle semble davantage fragiliser ceux qui portent l’État au quotidien.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et suffisent à transmettre l’inquiétude. Au Bénin, un député gagne en moyenne 5 027 000 FCFA par mois, tandis que le fonctionnaire moyen doit se contenter d’environ 199 000 FCFA. Le rapport entre ces deux rémunérations atteint donc un ratio impressionnant de 25,20, le plus élevé parmi les pays étudiés dans le tableau comparatif.
En effet, ce niveau d’écart dépasse largement les différences observées dans les nations occidentales où le débat sur l’équité salariale est pourtant permanent. En France, le rapport est limité à 2,73 ; aux États-Unis, il n’est que de 2,50. Même en Italie, où les disparités sont plus marquées, le ratio ne dépasse pas 5,20, soit cinq fois moins qu’au Bénin. Il ne s’agit pas de comparer aveuglément des pays aux réalités économiques radicalement différentes. Mais même en tenant compte du contexte béninois, il demeure difficile d’expliquer la raison pour laquelle un fonctionnaire, acteur essentiel du fonctionnement administratif, éducatif, sanitaire et sécuritaire du pays, touche un salaire représentant à peine 4 % de celui d’un député.
Un appel pressant à l’humanité et à la responsabilité législative
Ce fossé est si profond qu’il en devient non seulement problématique pour le pouvoir d’achat, mais aussi déstabilisant pour la motivation, la dignité et la reconnaissance des travailleurs publics. Un État ne peut durablement se développer en maintenant ses agents dans une situation de fragilité économique permanente, alors même qu’ils constituent la colonne vertébrale de la nation.
Ce constat mérite un sursaut collectif. Les députés, qui bénéficient d’une rémunération élevée pour garantir leur indépendance, ne peuvent ignorer la condition salariale de ceux-là mêmes qui assurent la continuité des services régaliens et administratifs. Ils ne peuvent surtout ignorer qu’ils représentent ce peuple, et donc ces fonctionnaires, qui les ont portés à l’Assemblée. Dans des pays comme la France ou les États-Unis, le fonctionnaire gagne entre 40 et 50 % du salaire d’un député. Cette approche, plus équilibrée, repose sur un principe simple : l’État doit préserver la dignité de ses travailleurs et éviter des écarts susceptibles d’affecter la cohésion sociale. C’est un principe d’humanité, mais aussi d’efficacité.
Des mesures envisageables pour le Bénin
Toutefois, il y a des pistes que le Bénin pourrait explorer. D’abord, il pourrait y avoir une réforme législative visant à rehausser considérablement le salaire moyen du fonctionnaire. Ainsi, les députés pourraient initier une loi fixant un niveau de rémunération décent, durable et proportionné, permettant à l’agent public de mener une vie digne. Pourquoi ne pas instaurer un plafond d’écart, comme cela existe dans certaines législations internationales ? Puis, il peut y avoir une révision gouvernementale de la grille salariale. De là, le gouvernement pourrait engager une réforme profonde, progressive mais ambitieuse, afin de rapprocher le niveau de vie des fonctionnaires de celui de la classe politique. Une telle décision renforcerait la motivation, la performance administrative et la stabilité sociale. Le fonctionnaire béninois, aujourd’hui, ne gagne pratiquement rien comparativement à un député. Cette réalité devient dérangeante, presque choquante, tant l’écart est large et tant il semble déconnecté de l’effort quotidien fourni par ces agents pour faire fonctionner l’État, souvent dans des conditions particulièrement difficiles.
Le développement du Bénin passera inévitablement par une administration forte, stable et respectée. Cela suppose de reconnaître le rôle incontournable des fonctionnaires en garantissant un salaire à la hauteur de leurs responsabilités. À l’heure où les chantiers nationaux s’intensifient, l’équité salariale devient une exigence et non un luxe.
Les autorités sont donc interpellées. Réduire ce déséquilibre n’est pas seulement souhaitable mais c’est indispensable pour préserver la cohésion nationale, la justice républicaine et la motivation des forces vives de l’État. Cela permettra de réduire les appétits pour des postes politiques.
TABLEAU COMPARATIF (Montants convertis en FCFA)
Pays Salaire député (FCFA) Salaire fonctionnaire (FCFA) Ratio
France 5 010 000 1 837 000 2,73
États-Unis 8 190 000 3 280 000 2,50
Suisse 4 437 000 4 398 000 1,01
Italie 6 825 000 1 312 000 5,20
Allemagne 7 344 000 3 020 000 2,43
Portugal 2 543 000 1 203 000 2,12
Belgique 5 889 000 2 884 000 2,04
Bénin 5 027 000 199 000 25,20
Gildas AHOGNI