La descente aux enfers entamée par le parti Les Démocrates depuis les premières heures de la désignation de son duo candidat à la présidentielle de 2026, n’a visiblement pas encore touché le fond. La saignée continue au sein de cette plus grande formation politique de l’opposition béninoise qui affiche devant le monde entier un malaise qui la ronge de l’intérieur. Plusieurs actes dignes de rikikis politiciens posés en vrac et sans cohésion ni coordination aucune affaiblissent la formation politique qui vient de se faire exclure de la présidentielle de 2026.
La cohésion, l’union, la coordination, le dialogue franc et surtout l’organisation désertent le forum au parti présidé par le docteur Boni Yayi. Depuis la nuit du 13 au 14 octobre 2025 où a été désigné le duo candidat du parti pour la présidentielle de 2026, cette formation politique ne cesse d’enregistrer des événements qui fragilisent et défont tout ce qui la caractérise de bien et qui séduit les béninois assoiffés d’un changement à la tête du Bénin. Des jours durant, l’affaire Sodjinou, avec la confiscation de la 28ème fiche de parrainage du parti, qui a surgi à la surprise de tous, a donné du fil à retordre au parti avant de le disqualifier de la présidentielle. Le parti a été morcelé, telle la Cour de l’école que chacun des groupes constitués de la classe punie par le proviseur, devrait nettoyer. Plusieurs camps se sont constitués pour soutenir tel ou tel candidat pour la présidentielle de laquelle tous les 34 candidatures, pourtant, démocratiquement enregistrées, ont été exclues. De la décision rendue par le tribunal de première instance de Cotonou pour priver les LD du parrainage de Sodjinou au verdict de la Cour Constitutionnelle jugeant irrecevables les recours qui visaient à remettre le duo dans la course en passant par l’acte fatal de la Commission Électorale Nationale Autonome (Cena) qui publie la liste provisoire des duos candidats, les démocrates ont traversé un enfer politique qui n’a pas été sans impact sur la confiance qu’avaient les béninois à la formation politique. Dans la foulée, le président du parti, le docteur Boni Yayi et le duo candidat Renaud Agbodjo -Jude Lodjou se voient convoquer par la police judiciaire au lendemain de la deuxième déclaration du député frondeur Michel Sodjinou. Lequel député fit de graves révélations sur la gestion du parti et surtout des fiches de parrainages.
A peine la Cour Constitutionnelle rendit sa décision qui brise le rêve de tous les démocrates béninois que le candidat désigné jette l’éponge. Maitre Renaud Agbodjo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, fait une déclaration non coordonnée, solitaire, déconcertante et suicidaire pour le parti dans la matinée du mardi 28 octobre 2025, dernier jour du dépôt des dossiers de candidatures pour les communales de 2026. Dans sa déclaration, le candidat des LD dit se retirer de la vie politique pour se consacrer à sa profession d’avocat, sa famille qu’il et enfin reconnait les compétences du candidat de la mouvance qu’il a subtilement d’ailleurs proclamé vainqueur de la présidentielle qui aura lieu dans six mois. Un coup de massue de trop sur les têtes des millions de militants qui croyaient encore aux idéaux du parti. S’en est suivi une déclaration polémique de sept députés qui auraient démissionné du parti dans la soirée du même mardi. Une démission collective qui sera aussitôt démentie par les concernés qui précisent que dans leur déclaration il n’a jamais été question de démission.
Autant d’événements malheureux provoqués et actés par les démocrates eux-mêmes qui révoquent les manœuvres du pouvoir Talon pour exclure le parti des élections et enterrer la formation politique. « Si le mur ne se fend, aucun lézard ne peut y entrer », dit la sagesse.
Le parti Les Démocrates : Un château de carte
De l’extérieur, le parti Les Démocrates était vu comme l’alternance idéale au sommet de l’État béninois en 2026. Son organisation bien structurée séduisait et rassurait les béninois, et à contrario traumatisait surtout la mouvance présidentielle. Avec à sa tête l’ancien Président de la République, très sage, très pragmatique, très social et surtout très adulé des populations béninoises, le parti s’est imposé comme celui du peuple à travers ses actions et activités sur le terrain et à l’Assemblée nationale malgré ses moyens limités voire insignifiants. La peur chez les démocrates était de ne pas pouvoir maintenir la cohésion au sein du parti et surtout au sein de son groupe parlementaire pour la conservation et la sauvegarde de ses fiches de parrainage, indispensable à sa participation à la présidentielle. À ce sujet, l’assurance était acquise le 02 septembre 2025 lorsque, dans un mouvement d’ensemble, les 28 députés sont allés retirer les 28 fiches de parrainage qu’ils ont tous signés et remis au président Boni Yayi sous les objectifs des caméras. Personne ne pouvait imaginer qu’un d’eux va se dédire des semaines après et remettre en cause sa promesse et son serment de début. Pourtant c’est ce qui s’est passé avec le député Michel Sodjinou qui a été l’élément catalyseur de la descente aux enfers du parti et surtout le dossier par lequel l’illusoire union au sein du parti sera relevée au grand jour. Qui l’eut cru ? Il y aurait des camps au sein du parti. On parle des camps Eric Houndété, Nourénou Atchadé et autres qui travaillaient en sourdine, chacun tirant en silence le drap de la présidentielle de son côté. A tout ceci s’ajoute une communication approximative, sans bousole ni moyens pour sa mission. Chacun parle quand il veut, où il veut et à qui veut l’entendre sans modération, ni modérateur face à une mouvance où la discipline est une règle d’or. Conséquences, le parti s’est fait Hara Kiri s’exposant négativement au monde entier à un moment où tous les espoirs étaient placés en lui. Le manque de dialogue franc entre les responsables et la non-maîtrise des ambitions ont fini par avoir raison de la très structurée organisation mise en place et entretenue depuis des années pour redonner le sourire aux béninois. Était-ce un château de carte qui s’est écroulé ou qui s’écroule sous la menace du premier tourbillon ? En tout cas, tout porte à le croire et bien malin celui qui pourra prédire l’avenir de ce parti à la veille des élections générales qui lui échappent pas après pas.