À l’Université d’Abomey-Calavi, malgré les interdictions édictées il y a quelques années par le rectorat, les tenues indécentes continuent de fleurir sur le campus. Mini-jupes, décolletés plongeants et robes fendues à l’excès se côtoient désormais dans les amphithéâtres. Que recherchent réellement ces jeunes filles : la réussite académique ou l’attention masculine ? La question mérite d’être posée à l’orée de cette nouvelle rentrée universitaire.
Un mardi matin, au niveau du jardin U de l’Université d’Abomey-Calavi, trois étudiantes avancent, sacs en bandoulière, direction les amphithéâtres. Rien d’anormal à première vue, si ce n’est leur habillement. L’une arbore une mini-jupe si courte qu’elle oblige à baisser les yeux, l’autre une robe fendue jusqu’à la cuisse, la troisième un débardeur laissant entrevoir bien plus qu’il n’en faut. Elles marchent, confiantes, le sourire aux lèvres, insouciantes des regards ; insistants pour certains ; qu’elles suscitent sur leur passage. On aurait cru voir des invitées d’un gala plutôt que des étudiantes prêtes à suivre un cours magistral.
Pourtant, une note du 21 octobre 2022, signée par le professeur Félicien Avlessi, alors recteur de l’Université, proscrivait formellement ce type de tenues. Le communiqué interdisait notamment « les pantalons taille basse, les débardeurs, les jupes mini et à fentes exagérées, ainsi que les tenues décolletées et déchirées ». L’objectif est de restaurer la décence et de préserver le caractère académique du campus. Mais deux ans plus tard, force est de constater que cette décision est restée, pour beaucoup, lettre morte.
Quand la séduction entre dans les amphithéâtres
En effet, les scènes observées ici et là sur le campus démontrent que la mesure peine à être appliquée. Certaines jeunes filles s’habillent comme pour un concours d’élégance, oubliant qu’elles se trouvent dans un temple du savoir. La mode a-t-elle supplanté la raison ? L’université doit-elle désormais composer avec une jeunesse pour qui l’apparence prévaut sur la décence ?
La question se pose d’autant plus que les effets de ces tenues ne sont pas anodins. Ces accoutrements, souvent jugés provocants, attirent les regards et peuvent devenir source de distraction, non seulement pour les camarades masculins mais aussi pour certains enseignants. Or, l’université devrait rester un espace de concentration, de rigueur intellectuelle et de respect mutuel. Mais pourquoi ces jeunes filles continuent de s’habiller ainsi ? Est-ce pour affirmer une liberté mal comprise, pour séduire, ou simplement pour suivre les tendances dictées par les réseaux sociaux ? À 18, 19 ou 20 ans et parfois moins, recherchent-elles un diplôme ou un homme ? Ces interrogations renvoient à une réalité sociale plus large : celle de l’influence croissante de modèles extérieurs, souvent en décalage avec les valeurs éducatives et morales que prône le milieu universitaire.
Parents et autorités : la vigilance s’impose
La responsabilité des parents n’est pas à écarter. Trop souvent, ils ferment les yeux sur la manière dont leurs filles s’habillent en quittant la maison. Certains encouragent même, consciemment ou non, cette permissivité au nom de la “mode” et de la “liberté de s’exprimer”. Or, la liberté sans repères devient vite dérive. Les parents doivent rappeler à leurs enfants que la dignité et la décence ne sont pas des valeurs désuètes, mais les fondements mêmes du respect de soi.
Face à ce relâchement vestimentaire, le nouveau recteur de l’Université d’Abomey-Calavi est interpellé. Il importe de revisiter la décision de 2022, d’en assurer une application rigoureuse et d’instaurer un cadre de suivi. L’UAC ne doit pas devenir une scène d’exhibition, mais demeurer un haut lieu du savoir, de l’excellence et de la discipline. Car à trop vouloir plaire aux regards, certains risquent de perdre de vue l’essentiel qui est le savoir, seul véritable passeport pour un avenir meilleur.
Gildas AHOGNI