La décision d’imposer une caution de 875 millions de francs guinéens (100 000 dollars) aux candidats à la présidentielle de décembre provoque de vives réactions au sein de la population. Dans un pays dirigé par les militaires depuis 2021, beaucoup dénoncent un processus électoral restrictif.
L’annonce de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a provoqué un véritable séisme politique. Pour se présenter à la présidentielle de décembre, chaque candidat devra verser une caution de 100 000 dollars— soit 875 millions de francs guinéens. « Ce montant est énorme », a confié l’analyste politique Kabinet Fofana à la BBC, ajoutant que « cette décision renforce les critiques croissantes à l’encontre de l’orientation générale des élections ».
Beaucoup espéraient une baisse par rapport à la précédente caution de 800 millions, mais c’est l’inverse qui s’est produit. L’ancien candidat à la présidentielle Faya Millimono s’est indigné. « Jusqu’en 2005, la caution n’a jamais dépassé 50 millions. La folie a commencé en 2010, et aujourd’hui nous en sommes à près de 900 millions. »
Les autorités justifient ce montant en affirmant qu’il permettra de garantir la crédibilité des candidatures. Un point de vue que certains soutiennent. Pourtant, pour nombre d’observateurs, cette mesure verrouille la compétition et réserve la course aux élites politiques et économiques.
Des comparaisons régionales peu flatteuses
Avec cette caution, la Guinée figure parmi les pays les plus restrictifs d’Afrique de l’Ouest. Au Cameroun, elle est de 53 000 dollars, en Côte d’Ivoire de 90 000 dollars, tandis qu’au Nigeria, elle atteint environ 67 000 dollars .Le Bénin bat le record dans la sous région avec 250 millions de francs CFA, soit 380.000 euros. L’organe électoral a par ailleurs fixé une limite de 40 milliards de francs guinéens (environ 4,6 millions de dollars) pour les dépenses de campagne, une somme jugée également trop élevée.
Le fameux parrainage, une autre réforme supplémentaire
Au-delà de la caution, une autre mesure alimenterait aussi la colère : le système de parrainage institutionnel imposé par le nouveau Code électoral. L’article 248 stipule que toute candidature indépendante à la présidentielle doit être parrainée par au moins 30 % des maires, répartis dans 70 % des communes du pays.
Pour plusieurs analystes, ce dispositif constitue un verrou institutionnel qui, combiné à la caution, pourrait exclure les candidats indépendants et renforce la mainmise des structures politiques établies. Alors que le colonel Mamady Doumbouya n’a pas encore confirmé sa participation, beaucoup s’interrogent sur la sincérité de la transition.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU