Alors que la prochaine élection présidentielle se tiendra en avril 2026, la classe politique béninoise s’achemine une fois encore après 2021 vers une deuxième élection présidentielle verrouillée et sans véritable compétition politique sous Patrice Talon. Cela est la conséquence logique après l’incompétence de la Cour constitutionnelle dans le dossier relatif au parrainage entre le parti de l’opposition Les Démocrates et le député Michel Sodjinou.
Jamais un sans deux! Après de 2021, le régime de Patrice Talon semble prêt à rééditer l’expérience d’une élection présidentielle « exclusive », où l’opposition est réduite au silence et écartée par des moyens institutionnels savamment orchestrés. C’est désormais un secret de polichinelle que depuis hier, après la décision de la Cour constitutionnelle mettant en exergue son « incompétence » suite au recours du parti Les Démocrates, toutes les chances pour la formation politique de participer à l’élection présidentielle sont hypothéquées.
Le parti présidé par Boni Yayi ne sera pas en course pour l’accession à la magistrature suprême. Le duo de candidats des démocrates conduit par Renaud Agbodjo n’est plus en lice sauf cataclysme de dernière minute, ce qui ne risque pas d’arriver quand on sait que tout ce scénario a été mis en place pour atteindre cet objectif, recaler Boni Yayi et ses militants. Cela laisse donc la voie libre pour Romuald Wadagni et Paul Hounkpè pour une compétition amicale et une mise en scène électorale comme c’est le cas en 2021. Patrice Talon qui se proclame compétiteur-né n’aime pas toujours la compétition. C’est l’avis de la majorité et le président sortant au terme de son second et dernier mandat vient de le confirmer.
Ce verrou de parrainage mis en place depuis la réforme de 2019, empêche toute alternance réelle. En 2021 déjà, la quasi-totalité des partis d’opposition s’étaient retrouvés sans parrainages, conduisant à une élection à trois candidats, dont deux considérés comme proches du pouvoir. L’histoire semble vouloir se répéter en 2026, sous de nouveaux habits juridiques mais avec les mêmes conséquences politiques. Loin d’être un simple débat technique, la question du parrainage révèle la dégradation progressive du pluralisme politique au Bénin. Ce pays autrefois cité comme modèle démocratique en Afrique de l’Ouest glisse vers un système d’hégémonie politique contrôlé par un seul camp. En l’état actuel, tout porte à croire que la présidentielle de 2026 se déroulera sans véritable alternative politique. Les partis de l’opposition, affaiblis, divisés et juridiquement contraints, risquent d’être une fois de plus exclus du processus. A cette allure, Romuald Wadagni se retrouvera face à Paul Hounkpè, un adversaire « de façade », garantissant ainsi une victoire sans risque pour le candidat de la mouvance, mais au prix d’une démocratie vidée de sa substance.
Assani Touré