Depuis quelques jours, le parti de l’opposition Les Démocrates traverse une nouvelle crise, ravivée par les récentes déclarations de son ancien président Éric Houndété et du député Michel Sodjinou. Une situation qui semblait être au début un simple débat interne autour de la question du parrainage a pris des allures de crise politique majeure. Entre crise interne qui date des mois et soupçons de la présence d’une main extérieure, le principal parti d’opposition au Bénin semble être entre le marteau et l’enclume.
Que se passe-t-il dans le rang du parti Les Démocrates? C’est la question qu’on tente de se poser après les récentes lettres ouvertes des députés Éric Houndété et Michel Sodjinou dans le cadre de l’affaire de refus de remise de la fiche de parrainage à la veille du dépôt des dossiers pour l’élection présidentielle d’avril 2026. Selon les documents fortement relayés sur les réseaux sociaux, les deux parlementaires dénoncent une crise interne qui perdure au sein du parti depuis le congrès de 2023 au cours duquel l’ancien président Boni Yayi a été plébiscité comme le numéro 1 de la formation politique. Les récentes sorties médiatiques des deux membres ont levé le voile sur une réalité longtemps contenue, le principal parti d’opposition traverse une crise interne profonde, nourrie autant par des ambitions personnelles et égoïstes d’un clan avec d’autres situations dont la mauvaise gestion des membres et des décisions prises par une partie des leaders sans oublier les humiliations subies par d’autres. Dans sa lettre, Michel Sodjinou pointé du doigt comme celui qiui empêche le parti de participer à l’élection présidentielle, parle du détournement du parti de ses ambitions avec sa rentrée dans une ère de déjà vécue comme aux moments sombres de Fcbe. Il évoque aussi les atteintes, les provocations et les souillures et les calomnies dont été victimes d’autres députés et cadres non issus du bon cercle voire de la bonne région. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la désignation du candidat à l’élection présidentielle qui s’est fait dans une opacité selon Michel Sodjinou. Les écrits de Éric Houndété mettent en lumière les mêmes critiques à peine voilées sur la gestion du parti et le manque de transparence dans certaines décisions. Pour plusieurs observateurs, la crise actuelle n’est pas le fruit du hasard, elle résulte d’un malaise profond, d’un déficit de confiance entre responsables et militants, et d’une lutte d’influence pour le contrôle de la direction politique du parti à l’approche de la présidentielle de 2026. C’est carrément une guerre de clans qui montre que les ennemis du parti ne sont pas toujours à l’extérieur. En effet, les signes d’une autodestruction programmée apparaissent au grand jour avec des rivalités personnelles, fuites d’informations sensibles, dénigrements publics, et divisions sur la ligne politique à adopter. Certains cadres intéressés par des ambitions individuelles préfèrent mettre en mal les efforts de cohésion plutôt que de se soumettre à la discipline collective. Résultat, chaque épisode de tension devient une brèche exploitée par les adversaires politiques.
Une main invisible à l’œuvre ?
Au-delà de tout ce que pensent les analystes, réduire la crise à une simple querelle interne est une erreur d’analyse. En dessous, beaucoup soupçonnent une influence extérieure visant à diviser le parti de l’opposition le plus structuré et le plus redouté par la mouvance présidentielle. Les responsables du parti évoquent ouvertement des alliances discrètes et des promesses politiques faites à certains responsables en échange de comportements de sabotage ou de prises de position contradictoires. Des soutiens financiers ou logistiques venus de cercles proches du pouvoir pourraient également jouer un rôle dans l’alimentation des dissensions internes. Cette probabilité d’une déstabilisation orchestrée n’est pas nouvelle dans la vie politique béninoise. Les partis d’opposition ont souvent été fragilisés par des infiltrations ou des campagnes de division bien orchestrées. À chaque fois qu’une opposition se montre organisée et menaçante, le camp opposé sort l’artillerie lourde marquée par des infiltrations, manipulations, achat de conscience. Aujourd’hui, tout indique que certains cadres du parti Les Démocrates ont encore mordu à l’harmeçon. Derrière leurs critiques publiques, leurs positions personnelles très médiatisées, on voit des appuis externes et des accords politiques avec pour objectif de semer le doute, fragiliser la cohésion, provoquer la rupture avant 2026. Entre la crise interne et l’obligation de se rassembler, Les Démocrates sont aujourd’hui face à leur destin. S’ils n’arrivent pas à instaurer une véritable discipline interne même avec le désaccord de quelques membres ennemis de la paix, le parti risque de voir son potentiel politique dilué dans des querelles internes. A cette allure, ils risquent de rejoindre la longue liste des partis broyés par leurs propres contradictions s’ils ne mettent pas les taupes hors d’état de nuire.
Mohamed Yèkini