En janvier dernier, le gouvernement a pris la décision de mettre à la retraite d’office des agents des Forces de Défense et de Sécurité(FDS) au Bénin. Deux mois après, on se rend bien compte que les motivations de cette décision sont autres que celles agitées officiellement. Et que l’argument sur la pyramide inversée des FDS a tout l’air d’un fallacieux prétexte.
Règlement de compte ? Injustice ? Epuration professionnelle pour des agents dont les têtes ne plaisent pas ? Plus de deux mois après la mise à la retraite d’office 1074 agents des FDS, on n’arrive pas toujours à donner un nom à cette décision. Tout au moins, on se rend compte de plus en plus que les arguments officiels apparaissent comme des prétextes et que les vraies motivations sont ailleurs. En effet, le porte parole du gouvernement et le chef de l’Etat lui-même -dans sa conférence de presse du 8 février- ont affirmé que cette décision répondait au souci de rajeunissement de ces corps pour plus d’efficacité et pour désengorger la pyramide des FDS où les effectifs des corps d’officiers et de sous-officiers dépassent les normes. Ce 8 février, le chef de l’Etat a affirmé : « Au Bénin, nous avons une pyramide inversée. Il y a plus de commandants que de personnes à commander. Et nous avons dit qu’il faut redresser la pyramide ». Mais quelques jours après, le même gouvernement qui se plaint de pyramide inversée, d’officiers dont l’effectif dépasse les normes, de personnes arrivant en fin de cycle de responsabilité hiérarchique reprend avec des promotions aux grades supérieurs et de rappels de personnels. Le 06 mars, le gouvernement promeut 18 douaniers à des grades supérieurs. Trois comme inspecteurs principaux, sept comme inspecteurs de 1ère classe et huit inspecteurs de 2è classe. Une semaine après, soit le 13 mars dernier, le gouvernement élève trois officiers supérieurs aux grades de Généraux de division, un au grade de Général de brigade, un Contre Amiral (équivalent de Général de brigade) dans l’armée. Dans la police, un autre au grade d’inspecteur général de police de 1ère classe(équivalent de Général de division) et un dernier comme inspecteur général de police de 2è classe( équivalent de Général de brigade). Au total, sept officiers supérieurs promus à des grades élevés. Dans les corps de l’armée, de la police et de la douane, 25 personnes ont été promues à des grades supérieurs de commandement, pourtant on avait mis à la retraite d’office 1074 personnes pour les mêmes raisons. D’ailleurs, 4 des 1074 agents des Eaux, forêts et chasse mis à la retraite d’office en janvier dernier ont été rappelés. Plus grave, à la douane, parmi les 30 envoyés à la retraite d’office, il y a des contrôleurs et des agents de constatation, des gens qui pouvaient être dans le lot des 18 promus le 06 mars. On met donc à la retraite, 30 personnes et on promeut 18 à des grades supérieurs auxquels pouvaient accéder certains de ces 30. On comprend donc qu’il s’agit d’un règlement de compte et non d’une affaire de pyramide dont le sommet est encombrant. Les 1070 agents des FDS qui sont maintenus dans cette retraite d’office vivent avec beaucoup de frustration et d’amertume cette situation et se demandent ce qu’ils ont fait pour mériter ce soir. « Sûrement qu’on n’est pas Béninois. Peut être c’est parce qu’on est nigériens et burkinabè qu’on veut nous punir. Sinon moi je ne comprends vraiment pas ce qui motive cette décision si ce n’est pas la méchanceté », s’offusque l’un d’eux.