Face à l’urbanisation rapide du Grand Sud-Bénin et à la saturation progressive des axes routiers, l’ingénieur Louis Govoeyi propose une nouvelle vision de la mobilité à l’horizon 2050. À travers le projet Benin Mobility Link (BML), il imagine un réseau multimodal reliant Cotonou, Abomey-Calavi, Ouidah, Allada, Porto-Novo, Avrankou et Adjarra grâce au BRT, au train léger régional, au transport lagunaire, à la mobilité électrique et aux pistes cyclables. L’objectif est de réduire les temps de trajet, désengorger les routes, limiter la pollution et faire de la mobilité un moteur du développement économique et territorial. À travers un entretien exclusif accordé au journal Le Patriote, il revient sur les ambitions de son projet.
Monsieur Govoeyi, vous portez la réflexion Benin Mobility Link avec l’ambition de transformer le Grand Sud-Bénin en une métropole moderne et verte à l’horizon 2050. Quel constat vous a conduit à développer cette vision et quel problème majeur de mobilité souhaitez-vous résoudre en priorité ?
LG : Le projet Benin Mobility Link est né d’un simple constat, mais surtout sur la base de mes expériences, tant dans le cadre de mes études universitaires que sur les projets majeurs sur lesquels j’ai eu à travailler dans mon parcours professionnel à l’étranger.
En effet, le Grand Sud-Bénin connaît une urbanisation rapide, alors que les infrastructures de transport évoluent beaucoup plus lentement. Cette situation entraîne des embouteillages croissants, des temps de trajet excessifs, une forte dépendance à la route et une augmentation de la pollution. Ce projet a pour objectif d’anticiper les besoins de mobilité humaine à l’horizon 2050 en construisant un réseau de transport moderne, multimodal et durable. La priorité est de résoudre le problème des déplacements entre les grandes villes du Grand Sud-Bénin, en offrant des solutions de transport rapides, accessibles et respectueuses de l’environnement.
Au-delà de la mobilité, le BML vise à renforcer l’attractivité économique, améliorer la qualité de vie des populations et accompagner un développement territorial plus équilibré. Nous devons sauver nos routes avec nos ressources limitées.
Le BML propose de connecter Cotonou, Abomey-Calavi, Ouidah, Allada, Porto-Novo, Avrankou et Adjarra à travers plusieurs modes de transport : BRT, train léger régional, mobilité électrique, transport lagunaire et pistes cyclables. Comment ces différents modes pourraient-ils fonctionner de manière complémentaire et quelle serait la logique des deux corridors, Ouest et Est, envisagés dans votre projet ?
LG : Avec le boom démographique de la grande agglomération de Cotonou, il est à constater que nous devons anticiper sur notre avenir commun dans la mobilité urbaine et la pérennisation des investissements sur les infrastructures routières.
Alors, le BML repose sur une logique d’intermodalité, où chaque mode de transport joue un rôle complémentaire. Le BRT assurerait les déplacements rapides en milieu urbain, le train léger régional relierait efficacement les principales villes, le transport lagunaire offrirait une alternative aux axes routiers, notamment Sô-Ava-Ganvié, tandis que la mobilité électrique et les pistes cyclables faciliteraient les déplacements de proximité de manière propre et durable.
Cette organisation s’appuie sur deux grands corridors. Le corridor Ouest relierait Cotonou, Abomey-Calavi, Ouidah et Allada afin de soutenir le développement résidentiel, universitaire, touristique et industriel. Le corridor Est connecterait Cotonou, Porto-Novo, Avrankou et Adjarra pour renforcer les échanges administratifs, commerciaux et transfrontaliers. Ensemble, ces deux axes formeraient un réseau intégré, permettant aux populations de passer facilement d’un mode de transport à un autre, tout en réduisant les embouteillages, les coûts de déplacement et les émissions de CO₂.
Votre projet fixe notamment l’objectif de réduire de 40 % les temps de trajet, tout en diminuant les émissions de CO₂ et en développant des transports propres. Quels changements concrets le BML pourrait-il apporter dans la vie quotidienne des populations et dans l’économie du Grand Sud-Bénin ?
LG : Le monde est en train d’aller vers la préservation de la planète à travers la réduction des gaz à effet de serre. Le Bénin en est où et en sera où à l’horizon 2050 ?
Alors, c’est une idée de projet qui pense transformer concrètement le quotidien des populations en réduisant les temps de trajet, en fluidifiant la circulation et en facilitant l’accès aux emplois, aux services publics et aux activités économiques. Le développement de transports propres contribuerait également à améliorer la qualité de l’air et le cadre de vie. Sur le plan économique, le projet renforcerait les échanges entre les villes du Grand Sud-Bénin, stimulerait les investissements, favoriserait le tourisme et créerait de nombreux emplois, aussi bien pendant les travaux que dans l’exploitation des nouvelles infrastructures.
En rendant le territoire plus connecté et plus attractif, le BML deviendrait un véritable moteur de croissance durable et de compétitivité pour la région. Dans ce projet, il est à rappeler que les arrêts du train léger constitueront des pôles majeurs de développement pour les services tels que les réseaux de téléphonie mobile, la SBEE, la SONEB, etc.
La réalisation d’un tel projet nécessite d’importants investissements, mais aussi une forte implication de l’État et des collectivités. Vous envisagez notamment une nouvelle répartition de certains ministères entre Porto-Novo, Ouidah, Abomey-Calavi et Allada, tandis que Cotonou conserverait les ministères de souveraineté et stratégiques. Quelle place accordez-vous à cette réorganisation administrative dans la réussite du BML et quelles seraient, selon vous, les premières décisions à prendre ?
LG : Vous savez, dans les petits pays comme le nôtre, les capitaux privés sont rares et donc l’État est très présent dans le développement de notre pays. Alors, il est important que la réorganisation administrative soit utilisée comme un levier essentiel de la réussite du projet BML.Il ne s’agit pas simplement de déplacer des ministères, mais de bâtir un véritable réseau de pôles institutionnels capables d’accompagner le développement équilibré du territoire.
En répartissant certaines administrations entre Porto-Novo, Ouidah, Abomey-Calavi et Allada, tout en maintenant à Cotonou les ministères de souveraineté et les institutions stratégiques, nous réduisons la pression sur la capitale économique, stimulons les économies locales et rapprochons l’administration des citoyens. Cette démarche doit cependant être progressive, méthodique et fondée sur des critères d’efficacité. La première décision serait d’adopter un schéma directeur de la réorganisation administrative, précisant les missions de chaque pôle, le calendrier de transfert et les infrastructures à réaliser.
Ensuite, il faudra engager les investissements nécessaires en matière de routes, de transports, de logements administratifs, de connectivité numérique et de services publics afin de garantir la continuité de l’action de l’État. Parallèlement, une concertation approfondie avec les collectivités territoriales, les agents de l’administration et les partenaires techniques sera indispensable pour assurer l’adhésion de tous.
Enfin, cette réforme devra s’inscrire dans une vision de long terme, avec des mécanismes d’évaluation réguliers afin d’ajuster les décisions en fonction des résultats obtenus. Ainsi, la réorganisation administrative ne doit pas être perçue comme une simple délocalisation de ministères, mais comme une réforme structurelle destinée à renforcer l’efficacité de l’État, à favoriser un développement territorial harmonieux et à faire du BML un véritable moteur de transformation nationale.
Vous évoquez déjà des actions à mener au cours des 10 à 14 prochaines années, notamment l’identification et l’acquisition des domaines nécessaires aux infrastructures et la constitution d’une équipe pluridisciplinaire d’experts. Quelles sont aujourd’hui les prochaines étapes concrètes pour faire passer Benin Mobility Link d’une réflexion à un véritable projet métropolitain, et quel appel souhaitez-vous lancer aux autorités, aux investisseurs et aux acteurs de la société civile ?
LG : Le projet du Benin Mobility Link, de la vision à l’action, repose sur plusieurs étapes essentielles. Il s’agit d’abord de réaliser des études techniques, économiques et environnementales, de sécuriser les emprises foncières destinées aux futures infrastructures et de mettre en place une équipe pluridisciplinaire réunissant experts, urbanistes, ingénieurs, économistes et spécialistes de la mobilité. En parallèle, il est indispensable d’engager un dialogue avec l’État, les collectivités territoriales, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers afin de construire une vision partagée et d’identifier les mécanismes de financement les plus adaptés. Le BML doit être porté comme un projet d’intérêt national, au service des générations futures.
Mon appel est simple : faisons de la mobilité humaine dans la grande agglomération de Cotonou un levier de développement stratégique plutôt qu’une réponse aux urgences. J’invite les autorités à inscrire cette vision dans les politiques publiques, les investisseurs à accompagner un projet à fort potentiel économique et social, et la société civile à participer activement à la réflexion.
Ensemble, nous pouvons bâtir un Grand Sud-Bénin plus connecté, plus compétitif, plus rentable pour les investisseurs privés et plus durable pour les prochaines générations.
Le Patriote