Avec la création du Sénat, le Bénin ouvre une nouvelle page institutionnelle. Mais derrière cette deuxième chambre du Parlement se dessine une autre réalité, celle d’un président du Sénat doté de prérogatives suffisamment larges pour faire de lui l’un des personnages les plus influents de la République.
Patrice Talon a quitté la Marina, mais avec la présidence du Sénat, il reste installé dans l’un des fauteuils les plus puissants du Bénin. L’article 16 du règlement intérieur du Sénat statue clairement sur la place réservée à son président. Il dirige l’institution, la représente dans la vie politique nationale et, lorsque cela est nécessaire, sur le plan international. Il convoque et préside les sessions, les séances plénières ainsi que les réunions du Bureau. Autrement dit, une grande partie du fonctionnement quotidien du Sénat passe par lui. La puissance du président du Sénat ne se limite toutefois pas à la présidence des séances. Il est également chef de l’administration du Sénat et ordonnateur de son budget.
Cette responsabilité lui confère une influence directe sur la gestion administrative et financière de la nouvelle institution. À cela s’ajoute une prérogative particulièrement sensible. Il donne son avis au président de la République dans les cas prévus par la Constitution, après consultation des deux autres membres du Bureau. Il participe également à la nomination du secrétaire général du Sénat et de son adjoint. Certes, certaines décisions nécessitent la consultation de ses collègues du Bureau, mais le texte révèle une réalité. Le président est beaucoup plus sollicité que les autres membres du Bureau et concentre entre ses mains une part importante de la direction politique, administrative et financière du Sénat.
Même son obligation de présenter chaque année un rapport d’activités confirme cette centralité. Le rapport est soumis à l’appréciation des sénateurs, mais il n’est pas soumis au vote. Il n’y a aucun mécanisme de validation susceptible de remettre en cause son autorité.
Le Sénat, une institution aux ambitions multiples
Cette puissance doit être mise en perspective avec les missions attribuées au Sénat. La nouvelle chambre n’est pas conçue comme une simple institution consultative. Elle intervient dans la régulation de la vie politique et dans la sauvegarde et le renforcement des acquis de l’unité nationale. Elle participe également au processus législatif et est appelée à jouer un rôle dans les grandes orientations touchant à la vie de la Nation. Sur le plan politique, le Sénat doit donc contribuer à l’équilibre institutionnel. Sur le plan législatif, il constitue une nouvelle étape dans l’examen des textes. Sur le plan économique et social, ses travaux peuvent toucher aux grandes politiques publiques et aux choix qui engagent l’avenir du pays. Cette diversité des missions augmente l’importance de celui qui dirige l’institution.
De la Marina au plateau du Sénat
Élu président du Sénat après avoir dirigé le Bénin pendant deux mandats, Patrice Talon ne détient plus le pouvoir exécutif, mais il n’est pas pour autant sorti du premier cercle de la décision. Il est vrai que la Constitution ne lui confère plus les pouvoirs exécutifs, mais la présidence du Sénat lui donne une position institutionnelle de premier plan. L’ancien président devient ainsi le numéro un d’une institution appelée à statuer sur des questions majeures de la République. Celui qui occupait hier la Marina se retrouve aujourd’hui à la tête d’une institution parlementaire appelée à participer à l’équilibre des pouvoirs.
Il ne gouverne plus directement l’Exécutif, mais il préside une chambre dont les avis, les travaux, les débats et les décisions peuvent peser sur la vie politique nationale. La question revient donc à mesurer l’influence politique que le président du Sénat peut tirer de la combinaison de ces prérogatives. Présider les séances, organiser le travail parlementaire, diriger l’administration, ordonnancer le budget, représenter le Sénat, intervenir dans certaines procédures constitutionnelles et participer à la nomination de hauts responsables administratifs : l’addition de ces compétences fait du président du Sénat un acteur incontournable du nouveau dispositif institutionnel. Le véritable enjeu sera donc celui de l’usage de cette puissance. Le président du Sénat devra démontrer que son action s’inscrit dans l’intérêt de l’institution et de la République, et non dans la prolongation d’une logique de pouvoir personnel.
Alassane Touré