La sortie récente de l’universitaire Victor Tokpanou sur l’état de la démocratie, les prolongations des mandats présidentiels et les révisions constitutionnelles répétitives à des fins politiques ne laisse pas indifférent. Ses propos ont, à première vue, tout d’une vérité dérangeante. Mais une question s’impose : pourquoi maintenant ? Et surtout, pourquoi seulement maintenant ?
Au Bénin également, les débats sur les révisions constitutionnelles et leurs conséquences sur le fonctionnement démocratique ont profondément marqué la vie politique récente. Dès lors, si le diagnostic posé par Victor Tokpanou paraît pertinent, son parcours politique récent soulève une sérieuse interrogation sur la posture de celui qui le formule. L’universitaire n’est pas un observateur extérieur au système qu’il semble aujourd’hui dénoncer. Il en a été un acteur. Il a notamment siégé au Parlement sous une mandature qui a adopté, le 15 novembre 2025, une importante révision constitutionnelle.
Or, durant cette période, sa voix n’a pas été particulièrement audible pour exprimer publiquement une désapprobation comparable à celle qu’il manifeste aujourd’hui. C’est précisément là que le bât blesse. Peut-on dénoncer avec la même vigueur une pratique lorsqu’on n’est plus directement associé à la décision ? La question mérite d’être posée, sans procès d’intention, mais avec toute la rigueur qu’exige le débat démocratique. Aurait-il tenu exactement le même discours s’il était encore député ? Aurait-il conservé cette liberté de ton s’il siégeait toujours dans une institution de la République ou s’il occupait une responsabilité politique ? Le doute est légitime lorsqu’un intellectuel critique aujourd’hui des mécanismes auxquels il a, hier, été associé sans avoir affiché publiquement la même réserve.
Victor Tokpanou avait déjà été associé, par le passé, à des initiatives politiques présentées comme des cadres de réflexion nationale. Son implication dans les assises nationales de décembre 2019, organisées sous le régime de Patrice Talon, avait notamment suscité des interrogations dans le débat public. L’enjeu n’est donc pas de savoir si Victor Tokpanou a raison aujourd’hui. Sur plusieurs principes démocratiques, son diagnostic mérite d’être entendu. Le problème est de savoir pourquoi cette parole n’a pas été aussi forte lorsque les décisions qu’il critique étaient en train d’être prises.
Des voix se font entendre lorsque les intéressés ne sont plus aux affaires, alors qu’elles deviennent discrètes lorsqu’ils se trouvent à proximité des instances de décision. Le Bénin a besoin d’intellectuels qui parlent avant, pendant et après les grandes décisions. Il a besoin des universitaires capables de rappeler les limites du pouvoir lorsqu’ils sont eux-mêmes en situation d’influence, et pas seulement lorsque le rapport de force politique leur est devenu favorable. Le coup de gueule de Victor Tokpanou mérite donc d’être écouté, mais il mérite également d’être confronté à son propre parcours.
Mohamed Yèkini