Les cours communes sont des réalités du paysage urbain béninois. Elles constituent une réponse au besoin de logements accessibles et favorisent souvent la solidarité entre voisins. Mais derrière cette cohabitation se cache parfois une réalité peu évoquée, source de gêne, de tensions et même de conflits, les nuisances sonores liées aux relations intimes de certains couples.
Nous sommes dimanche. Il est quatorze heures passées de quelques minutes. Le soleil était au zénith. Dans une cour commune de huit habitations, la plupart des habitants étaient présents à domicile. Dans la cour, des enfants faisaient la lessive, d’autres lavaient les vaisselles pendant que plusieurs jouaient au ballon ou à divers jeux de vacances. Pendant ce temps, un jeune couple vivait un moment d’intimité dans sa chambre. Plus le rythme devenait intense, plus les gémissements fusaient. Conséquence directe, les voisins étaient exposés aux bruits provenant de la chambre du couple. Certains adultes échangeaient des regards gênés tandis que d’autres tentaient de détourner l’attention des plus jeunes. Ils n’avaient d’ailleurs pas le choix.
Ce couple est un habitué des faits. Cette scène bien qu’isolée, résume parfaitement cette réalité que vivent des milliers de personnes dans les cours communes dans les grandes villes du Bénin où la colocation devient une exigence. Dans ces concessions où plusieurs familles partagent les mêmes espaces de vie, les chambres sont généralement séparées par de simples séparations. L’insonorisation est quasi inexistante. Résultat, les conversations, les disputes, les éclats de rire, mais aussi les moments d’intimité franchissent facilement les murs. Si, pour certains couples, ces instants relèvent de la vie privée, pour les voisins, ils deviennent parfois un véritable supplice.
Comme on peut le résumer avec humour « À moi le plaisir, à toi le son. » Pendant que certains vivent pleinement leur vie de couple, d’autres voient leur tranquillité perturbée. Les nuisances sonores empêchent parfois les personnes âgées de se reposer, dérangent les travailleurs de nuit venus récupérer de longues heures de service et compliquent le sommeil de nombreux occupants. Elles soulèvent également la question de l’éducation des enfants, particulièrement en cette période de vacances scolaires où ces derniers passent la majeure partie de leurs journées dans la cour. Interrogé sur le sujet, Armand N. est un agent de sécurité qui travaille les nuits. « Je me repose souvent pendant une partie de la journée.
C’est également dans la journée que je retrouve mon épouse. Nous n’avons pratiquement pas d’autres moments pour être ensemble. Nos moments d’intimité sont aussi dans la journée», a-t-il confié. À l’en croire, pour éviter que les voisins entendent trop les sons, il allume la radio et augmente le volume. Loin d’être la meilleure, cette solution permet de limiter les dégâts liés aux gémissements trop forts. À l’inverse, Nadine D. raconte avoir trouvé une solution radicale et définitive. « Je sais que je suis très expressive pendant nos moments d’intimité. Cela me mettait mal à l’aise vis-à-vis des voisins. J’ai demandé à mon mari que nous quittions la cour commune pour une maison à entrée personnelle. Aujourd’hui, nous vivons seuls et cela nous permet de préserver notre intimité sans gêner qui que ce soit », explique-t-elle. Cette réalité met en évidence un équilibre parfois difficile à trouver entre le droit à l’intimité et le respect de la tranquillité collective. Personne ne conteste qu’un couple a droit à une vie privée et à des moments de complicité. Toutefois, comme le rappelle une citation, « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».
Dans un environnement où plusieurs personnes partagent les mêmes espaces, chacun est appelé à faire preuve de retenue et de considération envers son voisinage. Au-delà des comportements individuels, cette problématique interpelle également les propriétaires des cours communes. Beaucoup de concessions ont été construites sans véritable réflexion sur l’isolation des chambres ni sur la disposition des espaces d’habitation. Pour limiter durablement ces désagréments, il serait nécessaire de prévoir une meilleure distanciation entre les chambres ou d’intégrer des solutions d’insonorisation lors de la construction ou de la rénovation des logements. Les parties d’intimité sont des moments de complicité et de plaisir pour les couples. Elles ne devraient cependant pas devenir des sources de malaise, de tensions ou de conflits dans les concessions où plusieurs familles vivent ensemble.
Mohamed Yèkini