L’une des premières mesures sociales les plus saluées du début du mandat du président Romuald Wadagni concerne sans aucun doute la prise en charge des urgences dans les hôpitaux et centres de santé du Bénin. Désormais, un patient en situation critique peut recevoir les soins nécessaires sans être contraint de présenter immédiatement les moyens financiers exigés auparavant. Le règlement des factures interviendra par la suite. Une réforme qui pourrait sauver des milliers de vies.
Au Bénin, il est désormais possible de se faire soigner dans les hôpitaux en cas d’urgence et de payer les factures après. Cette décision issue d’une promesse électorale du président de la République, Romuald Wadagni répond à une réalité douloureuse longtemps dénoncée par les populations. En effet, pendant des années, des patients ont perdu la vie faute d’avoir pu réunir à temps les ressources nécessaires à leur prise en charge. De même, des centaines de familles ont perdu un proche qui attendait des soins urgents en raison de contraintes administratives ou financières.
En mettant fin à cette pratique, le gouvernement affiche clairement sa volonté de placer la vie humaine au-dessus de toute autre considération. Pour joindre l’acte à la parole, dès son installation à la tête du pays, le chef de l’État a annoncé la mise à disposition prochaine d’une enveloppe d’un milliard de francs Cfa destinée à accompagner l’effectivité de cette mesure dans les formations sanitaires. Une initiative qui a suscité un réel enthousiasme au sein de l’opinion publique et des acteurs sociaux. Cependant, aussi sociale soit-elle, cette mesure pourrait rapidement se heurter à une difficulté bien connue du système sanitaire béninois : la mauvaise foi et le manque de professionnalisme de certains praticiens de santé.
En effet, pour une prise en charge adéquate des patients et une meilleure qualité des soins, il ne suffit pas de mobiliser des ressources financières. Il faut aussi que les femmes et les hommes chargés de les appliquer jouent pleinement leur rôle. Malgré les nombreuses actions mises en place par le régime défunt dont une ligne verte pour les dénonciations, dans les centres de santé, les usagers continuent de dénoncer des comportements peu orthodoxes ou incompatibles avec l’éthique médicale. Mauvais accueil, langage déplacé, négligence, lenteurs injustifiées dans la prise en charge ou encore manque d’empathie sont autant de maux qui ternissent l’image du secteur sanitaire.
Ces agissements ne sont pas toujours liés à un manque de moyens. Ils résultent parfois d’un manque de conscience professionnelle de certains agents. Il est clair que la réussite de la réforme sur la prise en charge rapide des urgences dépendra donc autant de la volonté politique que de l’engagement des praticiens eux-mêmes. Le gouvernement gagnerait à accompagner cette mesure par un dispositif rigoureux d’évaluation et de responsabilisation du personnel de santé. Des procédures de sanction pour les comportements répréhensibles, mais aussi de récompense pour les agents exemplaires, pourraient contribuer à instaurer une nouvelle culture du service public dans les hôpitaux.
En somme, la prise en charge des patients ne doit plus dépendre ni de leur portefeuille ni de l’humeur de ceux qui sont censés les soigner. La volonté politique est là. Reste désormais à obtenir l’adhésion sincère de tous les acteurs du système sanitaire notamment les praticiens afin que cette réforme historique produise les résultats attendus par les populations béninoises.
Mohamed Yèkini