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Une déclaration du capitaine Ibrahim Traoré devant les forces vives du Burkina contredit tout ce qu’on dit sur le terrorisme dans l’espace AES. Selon le chef de l’Etat burkinabè, le terrorisme trouve son terreau fertile dans l’injustice sociale et la discrimination. Un postulat qui revient sur les causes endogènes du mal et contredit le discours populiste qui prétend que le terrorisme était organisé, préparé et financé depuis l’extérieur, en l’occurrence dans les pays occidentaux. « Nous avons contribué à l’arrivée de cette situation », lance d’emblée le chef de l’Etat du Burkina. Pour lui, c’est l ‘élite, la société qui est responsable du terrorisme. Dans un discours d’une clarté rare, il met l’accent sur les inégalités, les injustices, la misère comme les causes profondes du terrorisme. « Tout n’est pas terrorisme », a-t-il martelé. Il assume plutôt une responsabilité collective de l’État. Dans son discours il met en lumière les inégalités sociales que subissent la population isolée dans plusieurs localités comme Gorom-Gorom, Tin-Akoff, Markoy, toutes situées dans la à l’extrême Nord du pays des hommes intègres.
En s’appuyant sur son témoignage, il explique le vide de l’État, l’absence d’eau , de pont, de routes, la pauvreté qui ont créé du terrain pour le terrorisme. « Qu’avons nous construire, qu’avons nous faire là-bas. Quel projet de développement avons nous envoyé là-bas ? Est-ce qu’on s’occupe même de leur vie, rien qu’une simple eau », a-t-il martelé.
Le Président a aussi illustré son propos par l’exemple de Djibo, un village situé dans la région du Sahel au Nord du Burkina-Faso, dans lequel les djihadistes mènent plusieurs attaques. Grenier à tomate du pays, la localité voit pourtant ses récoltes pourrir sur place à cause des ponts en mauvais état qui empêchent l’acheminement vers les marchés. Pour lui, le diagnostic est sans appel. L’État a abandonné des pans entiers du territoire. « Le territoire de cette partie est hors de contrôle. Qui en est responsable ? C’est nous », a-t-il reconnu, refusant d’accuser uniquement les gouvernants successifs.
Ces propos relancent le débat sur le narratif dominant qui impute la crise uniquement à l’Occident ou aux groupes armés. Pour le Capitaine Traoré, la racine du mal est sociale avant d’être sécuritaire. L’absence d’eau, de routes, d’écoles et d’opportunités crée un terreau fertile. « Il faut que chacun fasse une introspection et se rende compte que nous sommes les coupables de cette situation », a-t-il lancé, interpellant directement les élites.
Il a dénoncé les inégalités entre un Burkina qui souffre et un autre qui vit dans « le luxe insultant ». Pour lui, la lutte contre l’insécurité passera d’abord par la justice sociale et le développement des zones marginalisées. Une lecture qui fait débat, mais qui oblige à repenser la stratégie de reconquête du territoire. Il assume. « Nous sommes responsables de ce qui nous arrive et nous sommes responsables de ce qui va suivre », assume t-il.
Ezechiel Dagbégnon PADONOU