Plus de cent jours après l’installation des conseils communaux issus des dernières élections locales et la désignation des maires, de leurs adjoints ainsi que des chefs d’arrondissement, une autre étape importante du processus de décentralisation continue de lambiner. Il s’agit de la désignation des chefs de villages et de quartiers de ville conformément aux nouvelles dispositions légales en vigueur en République du Bénin. Dans les états-majors politiques comme au sein des communautés locales, tous les regards sont désormais tournés vers les acteurs chargés de conduire ce processus à son terme.
En effet, la réforme du système de gouvernance locale engagée par les autorités béninoises a profondément modifié les modalités de désignation des chefs de villages et de quartiers. La loi n°2024-13 du 15 mars 2024, modifiant et complétant la loi n°2019-43 portant Code électoral en République du Bénin, a consacré un nouveau mécanisme basé sur les résultats électoraux. Désormais, le chef de village ou de quartier de ville est désigné par le parti politique ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages valablement exprimés dans l’unité administrative concernée.
Cette réforme, qui est un moyen de renforcer la gouvernance à la base, a également fixé un calendrier précis pour la mise en œuvre du processus. Selon les dispositions légales, le parti bénéficiaire dispose de trente jours après l’installation du conseil communal pour transmettre le nom du chef de village ou de quartier à l’autorité préfectorale. Celle-ci dispose ensuite de huit jours pour notifier cette désignation au maire concerné, lequel doit procéder à l’installation officielle de l’intéressé dans un délai de quinze jours. Mieux encore, la loi a défini les critères d’éligibilité des futurs chefs de villages et de quartiers.
Ceux-ci doivent être électeurs lors des élections couplées, être âgés d’au moins vingt-cinq ans au jour du scrutin et justifier d’une résidence d’au moins une année dans la localité concernée. Des dispositions qui visent à garantir un ancrage local réel et une meilleure représentativité des populations. Cependant, force est de constater que les délais prévus par le législateur semblent aujourd’hui largement dépassés. Plus de trois mois après la mise en place des exécutifs communaux, aucune désignation des chefs de villages et de quartiers n’a encore été observée. Cette situation suscite de nombreuses questions au sein de la classe politique locale, mais aussi parmi les populations.
Cette lenteur va à l’encontre de la volonté affichée des autorités de consolider la décentralisation à la base, car les chefs de villages et de quartiers constituent le premier maillon de la gouvernance locale. Ils jouent un rôle essentiel dans la mobilisation communautaire et la transmission des préoccupations des populations aux autorités communales. Dans plusieurs communes, les ambitions politiques sont déjà visibles pour ces postes. Les partis politiques appelés à effectuer les désignations attendent la Commission électorale nationale autonome qui a la responsabilité de dévoiler le nombre de suffrages obtenus par chaque formation politique dans les villages ou quartiers de ville. Une équation qui explique en partie, le retard observé.
Quoi qu’il en soit, l’attente devient de plus en plus longue pour les nombreux acteurs locaux qui espéraient se faire désigner après les élections communales. La poursuite effective de la décentralisation passe inévitablement par l’installation de ces responsables de base appelés à servir d’interface entre les populations et les autorités locales. À quand donc la désignation des chefs de villages et de quartiers de ville ? Bien malin celui qui pourra aujourd’hui répondre avec certitude à cette question. Une chose est néanmoins sûre, chaque jour qui passe nourrit les attentes autour d’un processus dont l’aboutissement est devenu une nécessité.
Mohamed Yèkini