Historienne de l’art, curatrice indépendante et spécialiste de l’esthétique vodun, Mme. Lylly Houngnihin est la Directrice Exécutive du Laboratoire Totems Afrikaraïbes. Structure organisatrice de la Biennale de Ouidah, devenue désormais, Biennale Vodun Hwendo, ce laboratoire se positionne dans l’écosystème comme une plateforme curatoriale et un dispositif de recherche appliquée consacrés aux circulations artistiques et esthétiques entre Afrique, Caraïbes, Amériques et Europe. Par l’entremise d’une rencontre, cette amazone du temps moderne fait un tour d’horizon sur les origines, les défis de ce laboratoire et dévoile enfin, le nouveau format des manifestations de la biennale Vodun Hwendo. Entretien.
Quels sont les tenants et aboutissants du concept ‘’Laboratoire Totems Afrikaraïbes ’’ ?
« Je crois que c’est un des rares entretiens que je vais faire avec le plus de sincérité possible. Parce que, tu es un des rares journalistes culturels à se poser la question de savoir, s’il y a un fil conducteur entre tout ce à quoi je touche depuis 22 ans dans le secteur culturel. J’ai servi au Ministère de la culture. J’ai été dans l’administration du Festival international du théâtre du Bénin, dans l’administration du Festival Lagunimages. De Laboratorio Arts Contemporains au Laboratoire Totems Afrikaraïbes, c’est tout un parcours. Depuis 2020, il y a un concept que je développe. J’ai réussi à consolider toutes les différentes directions que mes travaux prenaient, et ce concept part de quelque chose qui est très intime. C’est presque un scoop que je vais vous donner. Parce que, c’est une histoire qui est très intime sur laquelle, j’ai d’autres projets à développer. Vous savez, moi je suis Mahi de Savalou. Mes géniteurs sont Mahi, je le dis assez souvent, sans expliquer pourquoi j’aime ramener toujours ce narratif dans mes travaux. Non seulement, je suis Mahi de Savalou, mais aussi, je suis une des familles Mahi qui a été traversée, percutée, par une histoire plus globale. Il s’agit de l’histoire de ce grand déplacement de populations, cette mémoire traumatique, un des plus grands crimes contre l’humanité. En fait cette tragédie de l’esclavage a traversé ma ligné familiale sur plusieurs générations. C’est vraiment pour la première fois que je raconte l’histoire de cette manière. Si vous connaissez l’histoire globale des Mahis, ils ont été chassés de leur terre, ils ont perdu le marché Houndjroto, ils ont essayé de résister, mais figurez-vous que ma grand-mère, c’est-à-dire, la mère de ma mère est une esclave qu’on a acheté depuis Atakpamé. Je ne suis que la deuxième génération de femme après des femmes qu’on continuait encore d’acheter comme esclaves. Et tout mon questionnement qui a eu beaucoup d’errances est parti de là.
J’ai commencé par développer à partir de 2020, la notion de reflux, pas à contrario du flux. Parce qu’on pense toujours que la culture source est en Afrique. On diffuse cet imaginaire d’un continent africain, qui n’aurait pas su se défendre, nouer des alliances (La diplomatie de la violence), négocier des intérêts économiques au cœur de cette tragédie globale et que nos frères des caraïbes ont toujours ces mouvements où ils viennent vers la source. Elle existe, je ne la mets pas en doute. Je pense que, nous avons aussi besoin de faire ce que j’appelle le reflux en disant que le mouvement de nos frères afro descendants vers nous, c’est le flux. Nous autres, nous devons faire le reflux. Parce que nous avons la moitié de notre patrimoine qui est disséminée sur l’ensemble des territoires impactés par l’histoire de l’esclavage. Donc pour moi, cette quête, elle s’exprime sur tous les matériaux qui sont à ma disposition. Elle s’exprime par le textile, par ma passion pour les archives, je suis percutée par des informations où on attend notre coton pour alimenter des filatures de Manchester et autres. On a interdit à nos paysans de transformer leur coton sur place. On a criminalisé ceux qui avaient un savoir-faire technique particulier pour produire du textile pendant des siècles. Pour moi, retoucher à ce matériel et le réintroduire dans une certaine contemporanéité, c’est une façon de réparer cette violence-là. C’est pareil quand je fais un film sur le Vodun, qui est diabolisé, c’est pour dire que, le Vodun est notre identité au quotidien. C’est la tisane que je viens de t’offrir. Si tu restes à déjeuner chez moi, c’est le repas que je vais te faire. C’est la base de données technologique que ce patrimoine représente pour nous. Il n’appartienne ni au passé ni au futur. On construit notre chemin avec cette technologie-là.
A partir de 2022, il me fallait un laboratoire pour condenser toutes les connaissances que les communautés m’ont offertes à Natitingou, à Nikki, à Bembèrèkè, à Kandi, à Ouidah ou à Sègbohouè. J’ai sillonné le Bénin avec plaisir parce que, je suis le genre des personnes à qui notre tradition a appris à désapprendre. Il y a une méthodologie de désapprentissages qui est nécessaire à la limpidité de la pensée que j’articule. Cette méthodologie de désapprentissages, je l’ai vécue au cœur de nos communautés. Et ça m’a conforté dans le fait que l’Afrique avant le ‘’Yovoda’’, l’Afrique avant cette percussion avec un Occident qui était en recherche de ressources, en recherche du marché, en recherche de terre pour ses populations, elle existe encore quelque part. Maintenant, comment faire la jonction avec l’Afrique moderne que la colonisation nous a laissée aujourd’hui ? C’est ça Totems Afrikaraïbes ».
Votre Laboratoire ‘’Totems Afrikaraïbes’’ est chargé d’organiser la biennale de Ouidah qui devient désormais la Biennale Vodun Hwendo avec plusieurs modifications dans le format organisationnel. Qu’est –ce qui justifie cette transformation de la biennale ?
« La biennale de Ouidah est un projet de coopération, porté en partenariat avec la Mairie de Ouidah et la communauté Vodun Hwendo de Ouidah au départ. Le premier projet, avait eu un soutien énorme de l’ambassade de France au Bénin. Cet appui a permis de propulser le dispositif. La communauté Vodun Hwendo de Ouidah a assuré la co-curation de la biennale. Ça a toujours été comme ça depuis 2022. Après quatre (4) ans, on a lancé les résidences en immersion, on a développé un partenariat assez solide avec le Brésil. On a développé un certain nombre des perspectives, qui ont fait la renommée de la biennale, puis les Vodun Days sont apparus également. Avec le comité scientifique et la communauté Vodun de Ouidah, nous avons réfléchi à réarticuler le dispositif entier pour deux raisons. La première raison, c’est de pouvoir répondre aux nouveaux enjeux de la politique touristique officielle du Bénin.
Vous savez, le Bénin, aujourd’hui, a mis la barre très haute en ce qui concerne l’implication des acteurs privés dans ce qui constitue l’image du pays. Nous en sommes un et il était nécessaire pour nous, qu’un événement, qui a été articulé en 2022, entre temps, on a connu toutes les réformes institutionnelles et structurelles, soit actualisé. Le gouvernement Béninois a introduit dans notre écosystème ces réformes pour, non seulement, réfléchir à lever up, à monter en gamme dans la façon dont nous pouvons préciser l’objectif de cette biennale, mais aussi, dans la façon dont elle peut rayonner en dehors de nos territoires. Parce que, ça impacte l’image de notre pays. Donc, c’est à la suite de ces réflexions qu’on a décidé de mettre la notion de Hwendo au cœur du dispositif. Pas au sens spirituel du thème, mais vraiment au sens étymologique du mot Hwendo. Le Hwendo c’est ce rhizome, cet ensemble de racines qui fait que vous êtes co-dépendant les uns des autres. C’est ce qui tient la fameuse cohésion sociale pour laquelle tout le monde félicite le Bénin. Parce que, tu peux être de l’ethnie Adja et peut- être en liaison de Hwendo avec quelqu’un qui est du Nord-Bénin. Ce sont des alliances sacrées qui sont transmises de générations en générations. Elles permettent de maîtriser les conflits et de gouverner les crises, qui peuvent advenir dans la société. Nous avons voulu vraiment mettre au cœur du nouveau projet, cette notion de Hwendo, pour mettre en lumière un des enseignements cardinaux du vodun, c’est cette notion de Co dépendance. Personne ne suffit à lui, tout seule. C’est comme ça qu’on est devenu Biennale vodun Hwendo. C’est une notion qu’on a aussi envie de partager avec nos frères afro-descendants et afro-affiliés. Parce que, nous tenons à être en phase avec le mouvement de l’instant, celui de la quête de reconnaissance. Ils sont très heureux de recevoir ce passeport comme j’ai été très heureuse de recevoir mon certificat de résidence au Brésil. Ces flux et reflux produisent les mêmes émotions.
Notre idée est aussi de pouvoir les réparer de ce qui nous a réparés. Parce que, nous venons aussi des terres qui sont occupées depuis quatre siècles, par l’effacement de notre culture, de notre mémoire, de notre langue, la préhension de nos ressources minières, le vol de nos œuvres d’art et la destruction de nos divinités. Nous vivons sur ce territoire, parce qu’il y a quelque chose, qui nous répare. Et nous n’accordons pas assez d’attention à ces choses, à ces mots, à ces gestes, à ces feuilles, à ces tisanes, à ces recettes culinaires qui nous réparent. Parce que nous ne voyons pas. Pour nous, c’est automatique, mais eux ils voient, ils sont en quête, et ils demandent aussi à comprendre ça, c’est quoi le Hwendo? C’est quoi ce qui tient ? Tous les pays, qui nous entourent, ont des cultures traditionnelles. Pourquoi il y a cette puissance ? Pourquoi le Bénin semble être la centrale nucléaire ? A quoi ça tient ? Nous avons besoin, nous autres qui avons eu la chance d’avoir une écoute au-delà du cercle d’influence des communautés. Nous avons le droit de nous faire traducteur fidèle, par rapport aux nouveaux enfants qui vont justement rentrer dans notre Hwendo, que le Bénin constitue. Aujourd’hui, Claudy Siar vient être nommé, donc lui et moi, on est déjà « AKODJOKPLE » d’ une façon ou d’une autre. Il y a des alliances ancestrales que je vais lui rappeler un jour, si j’ai besoin de lui demander un service, il faut le préparer à ces circonstances-là. Nous avons des codes de fonctionnement qui sont un peu superposés, en mille feuilles. Dans les sociétés modernes, entre griffes, que nous formons aujourd’hui, si toi et moi, demain, on se retrouve tout de suite devant un DAH, on va s’agenouiller, même si on est un costume cravate.
Donc, la Biennale va devenir un espace où on se décomplexe par rapport à ces notions-là, qui constituent le socle de notre société, le poumon, l’essence de notre cohésion sociale. Egalement, la Biennale sera l’espace où les gens, qui veulent désormais parler de nous, apprennent les mots par lesquels on veut être présentés. Parce qu’une de mes principales critiques, par rapport au Vodun Days, par exemple, c’est que le narratif sur le vodun est encore à déconstruire. Il y a une autre façon de parler du vodun, plutôt que de parler de fétiche, plutôt que de parler de masques, plutôt que de parler de couvent, plutôt que de parler de mots qui n’ont aucune résonance, ni philosophique, ni de perspective esthétique dans nos territoires, ni dans notre imaginaire. Demande à un enfant de te dessiner un masque. Tu vas voir s’il va te faire un dessin de ‘’ Egougou’’. Demande-lui le contraire pour voir s’il te fera un dessin de masque. Parce que, nous savons nommer nos choses. Nous avons aussi besoin de raconter notre perspective pendant que le Bénin est très tendance. J’utilise le mot tendance à bon escient dans le bon sens du thème, parce que le Bénin a besoin d’avoir des laboratoires sérieux avec des signatures de curation pertinentes. Je ne suis pas la seule. Il y a Nadine Hounkpatin, Yacine Lassissi, qui essayent de tracer également un narratif. Nous espérons très modestement que cette troisième édition de la Biennale va constituer cet espace -là, où les seize ( 16) curateurs issus du brésil, Haïti, Sénégal, France, Togo, et le Nigeria, aborderont ces questions de récits. La Biennale deviendra vraiment le dispositif d’expérimentation des nouvelles perspectives curatoriales en ce qui concerne notre patrimoine et la décolonisation de notre création artistique contemporaine».
Selon vous, est ce que ces nouvelles donnes ne peuvent-elles pas dérouter vos cibles dans la mesure où les modifications ne sont pas annoncées de manière officielle comme le MASA de 2020 ?
« Je suis très flatée que vous nous comparez au MASA. On en est loin. J’ai déjà participé à cet évènement que j’admire beaucoup. Je vous donne ma perspective du décolonial. Depuis 2022, qu’on a lancé ce dispositif de Biennale, on est beaucoup interrogés sur la temporalité. Rappelez-vous en Mai 2022, on m’avait accusé de vouloir organiser la Biennale en deux mois, alors que c’est un projet sur lequel je travaillais depuis quatre ans déjà. Le temps dans le Vodun n’est pas le temps colonial dans lequel on vit en ce moment. Il n’y a pas une décision cardinale que nous prenons pour la Biennale, qui n’est pas collégial, et pour laquelle on ne consulte pas le fâ. C’est pour ça que je vous parlais de désapprendre. Nous avons dû apprendre auprès de la communauté Vodun, à ne pas regarder en l’air pour prendre des décisions. Parce que c’est un organisme vivant la Biennale. C’est une méthodologie de management que j’apprends de la communauté Vodun. Dans mon monde, et je suis comme vous. J’ai suivi un cursus normal, à l’école primaire, le secondaire et l’université. Tout ce que vous voulez, on anticipe, on prépare et on a des stratégies de communication. On est en face d’une structure sociale multimillénaire, qui en sait plus que ce que je peux découvrir dans 20 ans, tu prends un enfant de 12 ans dans le Vodun, il en sait plus. Ce n’est pas pour dénigrer les cadres, mais nous avons cette nécessité de regarder la masse de technologie, la base de données de savoir-faire, le corpus d’archives invisibilisées que le Vodun constitue pour nous. La nouvelle décision, que je pourrai vous annoncer aujourd’hui, en tant que curatrice, est la participation de Madame Djamila Delanon, Co-curatrice de la Biennale. De nationalité Guyanaise, Djamila Delanon est une spécialiste en économie sociale et solidaire. Elle a fait un travail magnifique en Guyane, où elle intervient sur des causes liées aux revendications féministes, mais aussi à l’inclusion économique. Elle aura pour mission de nous accompagner et appuyer la communauté Vodun dans l’articulation de cette troisième édition.
Bien sûr que nous avons peur de dérouter les publics qui sont intéressés par notre dispositif. Parce que, nous semblons instables, mais le Vodou n’est pas stable. Regardez l’esthétique du Vodun, l’architecture du Vodun, regardez tout, tout est dans cette recherche permanente, mais finalement, comme le vivant, en vrai. Pour moi, quelque chose de très décolonial que j’ai appris en étant d’abord dans l’équipe de cette Biennale, c’est à ne pas leur dire, Il y a une réunion demain à 11heures. Mais non, ils vont d’abord consulter le Fâ pour te dire, mais le sujet que tu veux aborder, là, ne peut pas être abordé un mardi. C’est un exemple typique. Donc, nous évoluons aussi entre ces deux mondes. C’est l’expérience la plus formidable que la Biennale apporte. Si je peux faire un comparatif, par exemple, contrairement aux Vodun Days, qui sont hyper bien organisés, on voit bien que l’Etat met tous les moyens qu’il faut, la Biennale est toujours mouvante ».
Vous avez annoncé que la Biennale sortira du cadre de divertissement culturel. Quel sera le format auquel le public peut espérer ?
« Le thème global de la biennale est : La Métamorphose. Comme processus de renouvellement, de perspective cyclique du monde, mais comme aussi une façon de nous aligner à tout ce qui est sensible au vivant autour de nous. Les astres ont leur métamorphose, tout comme les plantes, les animaux, nous-mêmes les humains. On est tous inscrit dans ce processus-là, de presque de mouvements perpétuels qui est animé par une énergie. Ceux qui ont la foi vous diront que c’est une énergie divine. Ceux qui ont d’autres perspectives peuvent vous trouver d’autres mots. Il y a une énergie invisible qui pousse tous ces changements-là. C’est une évidence scientifique. Nous avions envie de travailler sur le thème de la métamorphose avec deux entrées. La première entrée, c’est faire un état de lieu sur les narratifs relatifs aux femmes noires d’aujourd’hui. Loin d’être un colloque, c’est vraiment l’un des cœurs du projet. On se retrouve entre femmes d’une part, en résonnance avec les femmes de la communauté vodun. Pour cette édition, nous allons échanger sur le comment parler des femmes noires dans les œuvres d’art ? Je viens de vous parler de la toile ‘’ La danseuse ‘’ du peintre béninois, Azébaba. Par quels mots ? Comment on les figure ? Comment on les met en avant ? Comment on les visibilise ? Comment on les salue ? Autant de questions autour des femmes noires. Par exemple, il y a beaucoup de peintres qui ont eu des modèles noirs supposés être leurs maîtresses, leurs esclaves, ce n’est pas des muses. Dès que c’est une femme blanche, c’est la muse. Pardon, si j’aborde la question de cette manière. Je n’ai pas de solutions sur comment traiter de façon curatoriale, cette question, mais j’invite mes sœurs, qui sont afro-féministes, afro-descendants, un peu partout dans le monde, à aborder cette question avec nos sœurs de la communauté vodun.
La deuxième entrée du projet, c’est le dispositif curatoriale sur les narratives décoloniales. En un mot, cette biennale sera intimiste, parce qu’il n’y aura pas de grandes scènes de spectacles. Aujourd’hui, la ville de Ouidah a des scènes quasiment toutes les semaines. Cette option n’est plus une priorité dans la narrative que nous essayons de déployer dans ce nouveau format. Par contre, on reçoit une dizaine d’artistes musiciens qui auront entre autres objectifs, de présenter des formats acoustiques et intimistes. Il y aura beaucoup de performances, par exemple. La plupart des artistes qui vont venir du Brésil, présenteront des performances. Ce n’est pas des performances grand public. C’est pour ça encore que je vous dis que c’est intimiste. Nous avons des performances qui sont prévues, par exemple, dans la Mangrove à Djègbadji. C’est à l’abri de tout regard, parce qu’il y a aussi cette notion d’autoréparation spirituelle et de reconnexions. La biennale devient vraiment le lieu d’une expérimentation qui n’est pas mystique. Ce n’est pas mon rôle et je le répéterai autant de fois qu’il faut. Nous avons un clergé Vodun, très efficace, autonome, et qui s’occupe très bien de toute la composante mystique et spirituelle. Nous proposons une réparation qui est cathartique. Elle est de l’ordre du biologique, du temps à passer dans la Mangrove, de tout le setup, et du catering des artistes en connexion avec la nature sous le thème de la cuisine des divinités et des hommes. Tout ceci constitue le fil conducteur du projet. Il est plus petit et vraiment très intime. Quand on faisait le bilan de l’édition 2024 de la Biennale, Sa Majesté Dada Dagbo Hounon nous a reprochés de mettre trop d’activité au point de ne pas satisfaire au rituel et de n’avoir pas le temps de nous occuper de nos invités. C’était quelque chose de si important que Sa Majesté ait fait figurer dans les rapports comme une des difficultés rencontrées dans le déploiement du projet. Cette année, nous travaillons dans cette cartographique globale et en même temps très intimiste, pour avoir aussi l’oreille attentive nécessaire pour entrer en dialogue avec nos frères de la diaspora et des autres pays africains qui sont invités à nous rejoindre »
La ville d’Ouidah sera-t-elle la seule ville à abriter les différentes activités de la Biennale ?
« Oui. Nous allons tout resserrer à nouveau sur la ville de Ouidah. Rappelez-vous, il y a deux ans, on s’était déployé dans les villes de Cotonou et Ouidah. La ville de Ouidah sera pour cette fois –ci, le point névralgique de la Biennale. La cour de Dada Dagbo Hounon Hounan II abritera toutes les activités de la Biennale. La Biennale est séquencée. On reçoit d’abord les artistes en résidence, parce que, la plupart des œuvres sont créés in situ, dans cette cour sacrée. Nous allons commencer par recevoir nos premiers invités dès le 15 juillet 2026. Parmi ces invités, certains feront des résidences de danses, de chants et de percussions. Il y en a beaucoup qui viendront sanctifier leurs instruments de musique dans notre perspective, de la mythification du percussionniste ou du musicien. On a maintenant des participants à la Biennale qui ont des demandes très précises. Nous avons organisé le calendrier de façon à pouvoir satisfaire certaines demandes. Le temps fort de la Biennale, c’est du 12 au 16 Août. Nous sommes dans un intervalle d’un mois d’activités ».
Selon vos propos, la Biennale reste intimiste. En quoi la population pourra-elle participer aux activités de la Biennale.
« Il faut avouer que c’est l’un des changements de la prochaine édition de la Biennale. Nous avons un patrimoine qui est en perpétuel recherche d’équilibre, parce que, le Vodun, c’est surtout ça. Le fait de réduire la programmation contemporaine, comme elle sera là, donne plus de place à la programmation rituelle de la Biennale. Parce que, depuis 2022, la Biennale, c’est deux programmations qui se mettent en dialogue. Je suis fière de pouvoir enfin arriver à cet objectif qui était fixé par la communauté Vodun depuis le début de notre collaboration. La portée et l’intimité des cérémonies Vodun qui seront programmées dans la biennale qui vont déterminer l’accès du public. Au stade actuel, la plupart des invités internationaux sont presque tous initiées. Ce travail de filtrage est effectivement la conséquence directe du nouveau format des programmations. La Biennale ne devient pas un espace exclusif, elle devient un endroit où on arrive pour apprendre quelque chose. Quand on n’a pas ce projet au départ, honnêtement , ce public ne nous intéresse pas ».
Quel est votre message important pour clore cet entretien ?
« J’aimerai rendre un hommage à la communauté Vodun, notamment, ce groupe de femmes, qui a tracé mon parcours. Je finirai par rassurer mes compatriotes de se débarrasser de la peur. Ce sont nos parents qui ont peur de nous, parce qu’on est devenu tellement hydrides ! Ils ne savent plus qui on est avec notre narratif… de peur que l’extérieur en parle. En tant qu’intellectuelle, ma meilleure démarche, c’est de retourner vers la source, cette communauté où j’ai demandé qu’on m’apprenne mon métier. Rassurez-vous, cette communauté ne m’a pas transformé en Vodunsi, au contraire, elle m’a appris mon métier au sens le plus noble du thème »
Propos recueillis par Rodéric A. DEDEGNONHOU