Décidée en Conseil des ministres le mercredi dernier dans le cadre de la désignation des préfets des douze départements, la nomination de Laurent Zomaï pour diriger le Zou suscite une vive polémique. En cause, il est une personnalité connue de l’opinion publique pour avoir fait l’objet d’une sanction de l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp), laquelle l’a exclu, ainsi que son entreprise, de la commande publique pour des faits liés à une procédure de passation de marchés.
Depuis son investiture, le président de la République, Romuald Wadagni, a bénéficié d’une estime des populations grâce à une série de mesures sociales annoncées. Mais cette dynamique positive vient de connaître un sérieux choc avec la nomination de Laurent Dhossou Zomaï au poste de préfet du département du Zou. En portant son choix sur une personnalité aussi controversée, le chef de l’État ouvre une polémique et expose son pouvoir à des critiques qu’il pouvait éviter. Beaucoup de Béninois se demandent quelle mouche a donc piqué le président Romuald Wadagni pour qu’il prenne le risque de promouvoir une personnalité dont le nom est associé à une affaire de fraude dans les marchés publics ?
Certes, selon des indiscrétions Laurent Zomaï est un proche du nouveau locataire de la Marina. Néanmoins la proximité ne devrait pas prendre le dessus sur les principes de bonne gouvernance. Dans un pays qui opte pour la transparence et la lutte contre la corruption, un tel choix ne doit pas arriver. Les citoyens exigent que les responsabilités administratives soient confiées à des personnes intègres pouvant servir d’exemple. Plus surprenant encore est la chronologie des événements ayant suivi cette nomination. Alors que la sanction de l’Armp constituait un blocage à sa prise de fonction, Laurent Dhossou Zomaï a saisi la Cour suprême le 4 juin dernier afin d’obtenir un sursis à l’exécution de cette décision. Les heures qui ont suivi, la haute juridiction lui a donné satisfaction en suspendant provisoirement les effets de la sanction dans l’attente d’un jugement sur le fond.
Même si, dans un État de droit, toute personne dispose de voies de recours contre une décision administrative, sur le plan politique et moral, la coïncidence des évènements laisse voir beaucoup de choses en dessous. Le fait qu’une personnalité nouvellement promue obtienne, dans l’immédiat, un sursis de la décision qui entravait sa nomination et sa prise de fonction nourrit des soupçons dans l’opinion publique. Il s’agit sans doute d’un conflit d’intérêts, qui peut mettre en mal la confiance des citoyens dans l’indépendance des institutions. C’est un très mauvais signal pour les débuts de Romuald Wadagni sur le plan institutionnel. Certes, pour le moment, le successeur de Patrice Talon dispose encore d’un large crédit auprès des Béninois.
Son début de mandat a suscité beaucoup d’espoir. Mais les grandes réformes ne sauraient prospérer sans une gouvernance exempte de toutes reproches. La nomination de Laurent Zomaï apparaît, pour beaucoup, comme la première véritable bourde politique du nouveau régime, car en matière de gouvernance publique, l’exemplarité n’est pas une option, elle est une exigence. La qualité des hommes qui doivent gouverner est de mise.
Alassane Touré