Dans la deuxième partie de cette interview, Mohamed El Maouloud Ramadane revient sur les soutiens et les financements éventuels dont bénéficie son mouvement. Il dément l’implication de légionnaires ukrainiens dans les attaques synchronisées du 25 avril dernier et apporte des détails sur les sources des armes utilisées par les combattants du FLA.
Quels soutiens recevez-vous de la France, de l’Algérie ou bien la Mauritanie ?
Nous, nous n’avons aucun soutien. La preuve est que pendant trois ans, nos populations étaient victimes des massacres, des crimes, des destructions de nos villages, des centres de santé, des écoles, par les Wagner qui est une organisation terroriste reconnue mondialement. Voilà, qui est une organisation terroriste avec l’armée malienne.
Commis tous ces massacres, tous ces actes horribles. Aucun de ces pays, aucune organisation n’a émis même un simple communiqué pour condamner cela. Donc quelqu’un qui n’a pas pu faire un simple communiqué pour condamner ces actes barbares ne fera pas autre chose qui sera peut-être plus coûtée que ça.
Oui mais si vous dites cela, d’autres vont vous balancer que vous êtes quand même en France. Mais pour être en France, vous avez dû avoir un visa. Et donc si vous avez dû avoir un visa, je suppose qu’il y a aussi d’autres responsables du FLR qui vivent en France. Et on m’a dit qu’il y a d’autres responsables qui vivent en France. Alors si vous êtes en France, vous circulez tranquillement. C’est quand même une preuve de connivence, oui ou non ?
Vous savez, la France est un pays de droits. C’est l’un des premiers pays de droits. Ce n’est pas parce qu’on est soutenu par la France qu’on peut entrer en France. Tant qu’on n’a pas de problème particulier avec la justice française, personne ne peut nous empêcher de notre droit d’avoir accès au territoire européen. Mais cela ne veut rien dire. Ce n’est pas parce que c’est un soutien français. Il y a beaucoup de gens ici.
Il y a le soutien de la gente aujourd’hui. Voilà, la gente de Bamako, de Burkina Faso et de Niamey. Ils sont contre la France. Leur slogan, c’est anti-français. Mais ils sont là, ils ont eu leur visa, ils vivent ici, ils ont leurs droits. Donc vraiment, cela ne veut rien dire. La France, c’est un pays de droits. Tant qu’on n’a pas de problème particulier avec la justice, on peut librement circuler et avoir accès au territoire français. Donc l’exemple que je vous ai donné est un exemple plus frappant.
Donc si la France devait empêcher quelqu’un de rentrer aujourd’hui, c’est le soutien de la junte. Ils sont en train de vider la France sur les vidéos. Ils sont à Paris, ici.
Donc la France ne les a pas empêchés d’entrer. Ce n’est pas nous qui sommes contre la junte aujourd’hui que la France va nous empêcher. Ou bien parce qu’on a eu un visa, c’est parce que c’est un soutien de la France.
Cela n’empêche, il y a deux jours, la presse française a relayé quelques soutiens que vous avez eus de légionnaires ukrainiens qui ont combattu dans la bataille du 25 avril dernier. Et ces légionnaires ukrainiens ont été pour la plupart formés par la France.
Ce sont des faux mensonges. Ce sont des journalistes qui nous montrent les moindres preuves.
C’est un journaliste, c’est des journalistes, s’il a vraiment mené des investigations, qui nous montrent des preuves. Je vous dis que tout ce qu’il a dit, c’est des faux. Il n’y a pas eu de légionnaire ukrainien qui a combattu avant ? Non, pas du tout.
Nous, on n’a pas besoin de légionnaire. C’est les légionnaires français et ukrainiens qui ont besoin de nous dans l’Azawad. Nous que nous sommes l’Azawad, arbre par arbre, rocher par rocher, dine par dine.
On n’a pas besoin d’un soutien étranger pour des mercenaires ou bien de soutien étranger pour nous aider chez nous. C’est incompréhensible pour quelqu’un qui connaît la réalité géographique du terrain. Donc vraiment, c’est là pour nous, ça rentre dans le cadre de la propagande que l’agent est en train de mener.
Ces journalistes qu’il a dit nous prouvent, même si c’est une seule preuve de tout ce qu’il dit, ils n’en disposent pas. C’est juste des suppositions, des intox, véhiculées ici et là par plusieurs ennemis de la population de l’Azawad.
Alors vous avez aligné 12 000 hommes selon les informations. Est-ce que vous confirmez d’abord ce chiffre ? Comment vous êtes arrivé à avoir autant de combattants, hyper armés, avec des armes sophistiquées, selon ce qui se dit contre vous. Est-ce que tout cela a pu être fait sans que vous n’ayez aucun soutien, ni de la France, ni d’une puissance extérieure, ni même de l’Algérie ?
Vous savez, nous sommes un peuple, composé de communautés, et c’est une lutte menée par des peuples. Les 12 000 hommes, ou bien au-delà, il ne faut pas que cela vous surprend. Tous les Azawadiens sont prêts à prendre les armes, tous, même les femmes. Même les femmes sont prêtes à aller vraiment combattre pour la liberté, la justice et la dignité. Donc pour vous dire quel est le nombre, il ne faut pas que cela vous étonne. En ce qui concerne l’armement, si vous regardez bien les vidéos qui tournent sur les réseaux sociaux ou dans différents médias, vous allez constater qu’ils n’ont pas des armes extraordinaires. C’est des kalachnikovs, ces armes que tout le monde dispose et qui sont vraiment à la portée de celui qui a la volonté de s’en acquérir. Chaque jour, vous voyez les casernes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger qui sont attaquées par les JNIM. Ça vient des casernes militaires sahéliennes de l’AES. Elles sont sous les armes.
D‘où viennent les armes que vous utilisez pour les combats ? Est-ce que c’est des armes que vous achetez ? Si oui, auprès de qui vous les achetez ?
Vous savez, si vous avez bien constaté les vidéos qui tournent sur les réseaux sociaux, dans les différents médias, vous allez constater la qualité de ces armes.
Ce ne sont pas des armes extraordinaires comme certains veulent le faire croire. Ce sont des Kalachnikovs, des BKC, des douze sept, des quatorze-cinq. Ce sont des armes que nous avons connues depuis que nous avons commencé cette lutte.
Ce sont des armes qui sont à la portée de tout le monde. Ce ne sont pas des armes aussi sophistiquées que certains veulent le faire croire. Ce qui peut être déterminant dans cette lutte, c’est la volonté, la détermination des combattants de l’Azawad pour atteindre leur objectif, plus que l’arme elle-même.
Mais il ne faut pas oublier que les armes, d’abord, les premiers fournisseurs de ces armes sont les armées des Etats Sahéliens. Chaque fois, les casernes ont été attaquées. Vous voyez des magasins remplis de tous sortes, tous genres d’armes qui ont été déportées comme des butins de guerre. Donc les premiers fournisseurs d’armes pour les mouvements armés dans le Sahel sont les armées Sahéliennes. Chaque fois qu’on attaque une base militaire de l’armée malienne de Burkina Faso ou bien du Niger, ce sont des arsénaux énormes qu’on récupère dans leurs magasins. En seconde, il faut savoir que nous, ça ne nous pose pas de problème de prendre une voiture de Kidal, aller jusqu’en Égypte, aller jusqu’en Libye, aller jusqu’au Tchad, aller jusqu’au Soudan.
Donc pour vous dire que le désert est largement ouvert pour s’en acquérir et acheter des armes qui sont à la portée de tout le monde, là où on veut. Il suffit d’avoir les moyens d’en acheter pour les voir. Donc là où il y a des guerres, il y a des armes. Au Soudan, il y a des armes. En Libye, il y a des armes. Partout, dans le Sahel.
Moi, je ne pense pas que les armes de cadavre sont toujours en vie. Après dix ans, je ne pense pas qu’une clashe soit une arme depuis le temps des cadavres. Il y a de nouvelles armes. Chaque fois, il y a des armes. Le Sahel est rempli d’armes. Ça ne manque pas. Comme je l’ai dit, les premiers fournisseurs des mouvements en armement sont les armées de l’AES.. Parce qu’à chaque confrontation, ils s’y visent et laissent tout ce qu’ils ont, soit sur le terrain, soit dans l’air.
En termes de déploiement des armes, je suppose que vous avez besoin de moyens financiers. Vous déployez 12 000 hommes sur le front, il faut qu’ils mangent au moins. D’où viennent ces moyens financiers ?
Tout ça, ça vient de la contribution de la population. C’est des contributions. Les moyens financiers pour prendre en charge nos militaires, pour vraiment faire tout ce qu’il faut pour qu’on arrive à mobiliser nos troupes, ça dit aux contributions de nos populations. Pour savoir qu’il y a vraiment une contribution à tous les niveaux. Des femmes, des commerçants, des hommes, et même des enfants. Chacun contribue de sa manière. Il y a des caisses qui sont ouvertes. C’est une contribution à la base populaire pour soutenir cette lutte comme j’y allais dire chaque fois, que c’est une lutte populaire.
Le FLA n’est pas qu’un mouvement armé. Le FLA, c’est une population. C’est l’incarnation d’une lutte, d’une histoire. Elle a des objectifs qui représentent cette population. Elle est vraiment financée, appuyée, soutenue par cette population courageuse qui est en train de survivre et faire face à ces crimes menés par en premier l’armée malienne et en secondaire par les mercenaires les plus criminels du monde.
Est-ce que vous avez pu documenter tous les crimes dont vous parlez, que ce soit les crimes commis par l’armée malienne, les FAMAs, ou les mercenaires russes, que ce soit de Wagner à Africa Corps. Est-ce que c’est documenté ? Est-ce que vous avez des chiffres ?
Si, c’est documenté. Ces derniers temps, il y a des ONG humanitaires locales qui documentent toutes ces bavures, ces atrocités ont été vraiment documentées, même si certaines n’ont pas encore été documentées parce qu’il faut savoir que nous avons un immense territoire, une immense étendue, donc il y a des choses qui se passent où personne n’est au courant. Donc c’est ça qui fait vraiment qu’il y a beaucoup de choses où on l’apprend qu’il y a une année, trois mois, quatre mois après l’effet. Donc il y a vraiment des documentations, pour tout celui qui veut le savoir ou qui a intérêt de travailler, il peut rentrer en contact avec nous pour nous fournir ces documents.
Pour le Mali, les pays de l’AES et une bonne frange de l’opinion africaine, FLA c’est une organisation terroriste, certains médias occidentaux, on entend parler des indépendantistes du FLA. Vous défendez une cause indépendantiste mais vous utilisez des méthodes terroristes. Est-ce que finalement vous n’êtes pas des terroristes ? Surtout lorsqu’on sait qu’Iyad Ag Ghali, l’un des premiers responsables de la rébellion Touarègue est aujourd’hui l’un des patrons du JNIM ?
Nous n’utilisons pas des méthodes terroristes pour atteindre nos objectifs. Nous sommes dans une guerre. C’est la guerre, on ne s’attaque pas aux civils, on ne s’attaque pas aux infrastructures d’état, on est face à face à une armée, on est face à face à des mercenaires russes, on est face à face à des drones.
Donc on ne commette pas des atrocités, nous avons les capacités et les moyens de tuer les civils. Pendant ces 4 dernières années, nous avons mené cette guerre sans qu’on tue un seul civil. On a la capacité d’aller dans des villages, dans des villes.
Quelle perspective vous prévoyez ?
Nous, on veut pas négocier avec eux. Ils vont partir obligatoirement mais on ne souhaite pas la guerre.