Le gouvernement français défend une réforme qu’il juge nécessaire pour financer l’enseignement supérieur. Mais la forte augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers suscite de nombreuses inquiétudes, notamment chez les étudiants africains.
Les étudiants étrangers hors Union européenne devront continuer à payer des frais universitaires beaucoup plus élevés en France. Défendue depuis plusieurs années par le gouvernement français à travers le programme « Bienvenue en France », cette réforme fait passer les droits d’inscription de quelques centaines d’euros à près de 4 000 euros dans certaines formations universitaires.
Interrogé le mardi 12 mai 2026 à Nairobi, au Kenya, lors d’un entretien conjoint accordé à RFI, France 24 et TV5 Monde en marge de la clôture de l’Africa Forward Summit, Emmanuel Macron a défendu cette politique. « Donc la France avec cette réforme demeurera l’un des pays au monde les moins chers pour son système universitaire. Il faut être simplement cohérent avec nous-même. C’est que les contribuables français ils ne paient pas, pour que les études soient gratuites pour la terre entière », a déclaré le président français.
Avant cette réforme, les étudiants étrangers payaient pratiquement les mêmes montants que les étudiants français et européens, soit environ 170 à 250 euros par an en licence et en master. Désormais, les frais dits « différenciés » atteignent environ 2 850 euros en licence et près de 3 900 euros en master pour les étudiants non européens.
Les étudiants africains en première ligne
Cette hausse pourrait avoir de lourdes conséquences pour les étudiants africains, qui représentent une part importante des étudiants étrangers en France. Selon les chiffres de Campus France, la France accueille plus de 430 000 étudiants internationaux. Une grande partie vient du continent africain, notamment du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Maroc et de l’Algérie.
Pour beaucoup de familles africaines, ces nouveaux montants représentent plusieurs années de revenus. Des associations étudiantes dénoncent déjà un risque d’abandon des études, d’endettement ou encore de précarité accrue chez certains jeunes étrangers.
Dans plusieurs villes universitaires françaises, des étudiants se mobilisent contre cette réforme. À Lyon, des organisations étudiantes ont dénoncé une mesure « injuste » et « discriminatoire », accusant le gouvernement français de vouloir réserver l’université aux étudiants les plus riches. Dans un reportage de RTL, un étudiant étranger a résumé son inquiétude en affirmant : « On nous montre la route du retour », après l’annonce du durcissement des exonérations universitaires.
Selon des données du ministère français de l’Enseignement supérieur, de nombreuses universités accordaient jusque-là des exonérations permettant à des milliers d’étudiants étrangers de continuer à payer les anciens tarifs. Mais le gouvernement souhaite désormais limiter ces dérogations.
Macron promet des mesures d’accompagnement
Face aux critiques, Emmanuel Macron assure toutefois vouloir maintenir des aides pour certains profils. « Par contre on veut continuer d’accompagner les talents qui viennent du Kenya, qui viennent du Sénégal, qui viennent de la Côte d’Ivoire qui sont identifiés avec les universités, choisis par les universités. Et à ce moment l’université peut décider de ne pas leur remettre de droit, Campus France peut accompagner, et on continuera d’avoir des politiques très attractives », a-t-il expliqué.
Malgré ces assurances, plusieurs observateurs craignent déjà une baisse de l’attractivité de la France auprès des étudiants africains, au profit d’autres destinations comme le Canada, l’Allemagne ou encore la Turquie, jugées plus accessibles financièrement.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU