Depuis quelques semaines, le ciment est devenu au Bénin un produit problématique. Dans les dépôts de vente sur toute l’étendue du territoire national, les prix flambent, laissant les populations dans l’incompréhension totale. Rénover ou même lancer un simple chantier est désormais un luxe pour de nombreux ménages. Pendant ce temps, le gouvernement observe un silence qui interroge, dérange et alimente les spéculations.
De 85.000 francs CFA la tonne, le prix du ciment a grimpé jusqu’à 100.000, voire 110.000 francs CFA dans certaines localités. Une hausse brutale, difficile à justifier pour les consommateurs déjà éprouvés par la cherté de la vie. Sur les marchés, les témoignages se multiplient : chantiers à l’arrêt, projets abandonnés… Le ciment, autrefois accessible à un prix normal, devient progressivement un produit de luxe. Alors que l’opinion publique pointait du doigt une éventuelle pénurie ou des difficultés de production, l’Association des producteurs de ciment du Bénin est montée au créneau. Dans un communiqué largement relayé, elle a tenu à clarifier la situation : aucune augmentation de prix n’a été opérée au niveau des usines. Mieux, aucune maintenance n’est en cours et les capacités de production tournent à plein régime.
Autrement dit, il n’existe aucune justification structurelle à la flambée des prix observée sur le terrain. Dès lors, les regards se tournent vers les circuits de distribution. Selon les producteurs, cette hausse serait le fait de certains commerçants peu scrupuleux, mus par la recherche effrénée du profit. Une accusation grave qui met en lumière les dérives d’un marché insuffisamment encadré. Mais si ces pratiques sont avérées, une question demeure : où est l’État ? Face à cette situation qui plonge des milliers de citoyens dans un dilemme, le silence du gouvernement devient assourdissant. Le ministère de l’Industrie et du Commerce, censé jouer le rôle de régulateur, semble absent.
Aucune mesure forte, aucune sortie officielle marquante, aucune action visible pour rassurer ou protéger les consommateurs. Faut-il y voir une forme de complicité tacite pour protéger certains intérêts ? Ou plutôt un aveu d’impuissance face à des réseaux de distribution devenus incontrôlables ? Dans les deux cas, le constat est inquiétant, car un État qui n’arrive pas à faire respecter les règles qu’il a lui-même établies fragilise sa crédibilité et expose ses citoyens à toutes sortes d’abus.
Pendant ce temps, les autorités laissent les pauvres populations dans les mains des commerçants véreux qui décident d’en faire ce qu’ils veulent. La souffrance des populations s’intensifie. Chaque jour qui passe sans action renforce le sentiment d’irresponsabilité. Le rôle d’un gouvernement n’est pas seulement de légiférer, mais aussi de veiller à l’application stricte des lois. Ne pas agir dans un contexte pareil revient à cautionner, volontairement ou non, les dérives observées. Le plus troublant dans cette affaire reste que le gouvernement avait, par le passé, fixé les prix du ciment en fonction des localités. Cette décision visait justement à protéger les populations contre les dérives spéculatives, mais aujourd’hui, cette réglementation semble foulée aux pieds sans la moindre réaction des autorités compétentes.
Une situation qui laisse penser que les textes existent, mais que leur application fait défaut. Si les prix existent et sont fixés,, qu’est ce qui empêche de les respecter ? Dans le contexte actuel au cours duquel Patrice Talon finit son mandat dans quelques semaines, le silence il peut être interprété comme une faiblesse, voire une démission. Il est donc urgent que les autorités sortent de leur réserve et prennent leurs responsabilités. Les autorités doivent descendre sur le terrain, contrôler, sanctionner de façon exemplaire et rétablir l’ordre dans la chaîne de distribution. Les commerçants doivent être rappelés à leurs responsabilités.
Alassane Touré