Désigné candidat de la mouvance présidentielle en Août 2025 puis élu président de la République du Bénin au premier tour de l’élection présidentielle du 12 Avril 2026, le ministre de l’économie et des finances Romuald Wadagni garde encore secret celui qui le remplace à son poste d’argentier national.
Depuis sa désignation comme candidat à la présidentielle, Romuald Wadagni était attendu pour sa démission de la tête de ce département ministériel avant même la validation de son dossier de candidature par la Commission Électorale Nationale Autonome (Cena) puis le début des campagnes entrant dans le cadre de la présidentielle.
Jusqu’à ce jour, l’argentier national n’a ni démissionné de son poste de ministre, ni révélé celui qui assure son intérim avant, pendant et même après les campagnes qui ont conduit à son élection. Cette posture du désormais homme fort du Bénin suscite des interrogations surtout lorsqu’on sait que ce dernier est à ce poste depuis 10 ans et qu’il est appelé désormais à diriger le pays avec un nouveau régime doté d’une nouvelle équipe gouvernementale différente de cette qui égrène ses derniers jours à la tête du Bénin.
En temps normal et dans le respect de la séparation des pouvoir, et surtout, pour la transparence dans la gestion des affaires publiques du pays, la démission du ministre d’État ne devrait pas attendre une fois devenu candidat à la présidentielle. Aujourd’hui, les béninois ont raison de chercher à savoir avec quels moyens le ministre devenu président de la République a battu campagne. Est-ce les moyens de l’Etat, ceux du contribuable béninois ou avec ses propres moyens ? il est très difficile de faire la part des choses étant donné que le ministre est resté à son poste durant toutes ces périodes.
En restant ministre de l’économie et des finances, en tant que candidat à la présidentielle puis président élu, Romuald Wadagni cumule deux fonctions au mépris des lois qui gouvernent le pays et surtout contre toutes les valeurs déontologiques auxquelles l’administration béninoise doit obéir.
Si non, qui prend les actes que seul le ministre a les prérogatives de prendre en tant que patron de l’économie et des finances du pays ? Le ministre, le candidat ou le président élu ? S’il ne signe plus rien en tant que ministre dès sa désignation pour briguer la magistrature suprême, qui signe les documents importants de son ministère depuis qu’il parcourt le pays à la recherche d’électeurs pour son élection ? Son Directeur de Cabinet a-t-il légalement les prérogatives de tout gérer en son absence ? Si non, qui de ses collègues ministres assurait son intérim ? Pourquoi Romuald Wadagni élu président pour succéder au président Patrice Talon participe-t-il encore au Conseil des ministres à un mois de son investiture ?
Quand et comment compte-t-il s’organiser pour sa prise de fonction et surtout la formation de son gouvernement lorsqu’il doit gérer son portefeuille ministériel, s’investir à préparer des conseils des ministres d’un gouvernement qu’il devrait quitter depuis Août 2025 ? Ces interrogations qui sont loin d’être exhaustives soulèvent nombre d’autres inquiétudes relatives à son indépendance dans la présidence du pays une fois investi le 24 Mai prochain. En tant que président élu, le moindre à faire pour Romuald Wadagni était de démissionner de son poste de ministre des finances et s’éloigner de l’actuelle équipe dirigeante du pays même s’il calque sa gouvernance sur la continuité. En adoptant sa posture de ministre de l’économie et des finances cumulé à la plus haute fonction de la République, le nouvel homme fort du Bénin renvoie à l’opinion publique nationale et internationale une image préjudiciable à l’intégrité, l’indépendance et la transparence du régime qu’il est appelé à conduire.
Norbert Adjakoun