Malgré des ambitions industrielles croissantes, le coton continue de dominer largement les exportations du Bénin. Face à des importations marquées par le riz et une économie encore dépendante de produits bruts, le pays amorce toutefois une mutation progressive, portée par de nouveaux investissements industriels.
Le commerce extérieur du Bénin raconte une histoire limpide. C’est celle d’une économie encore fortement dépendante de ses matières premières agricoles. En tête de ces exportations, le coton s’impose sans partage, représentant à lui seul près de 44 % des ventes à l’international. Une performance qui confirme son statut de pilier économique, mais qui met également en lumière les limites d’une base productive peu diversifiée.
En effet, cette domination du coton traduit à la fois une force et une fragilité. Une force, car le pays a su structurer une filière compétitive, capable de se positionner sur les marchés internationaux. Une fragilité, car cette dépendance expose l’économie aux fluctuations des prix mondiaux et aux aléas climatiques, rendant la croissance vulnérable. En parallèle, la structure des importations offre un contraste révélateur. Le riz, produit de grande consommation, arrive en tête avec environ 16 % des importations. Une partie de ce volume est ensuite réexportée, notamment vers le Nigeria, confirmant le rôle du Bénin comme plateforme commerciale régionale. Ce schéma, également observé avec certaines huiles végétales, souligne une économie encore largement tournée vers le commerce de transit.
Cependant, cette configuration pourrait évoluer dans les années à venir. Le développement de la GDIZ (Zone industrielle de Glo-Djigbé) marque un tournant stratégique. En favorisant la transformation locale des matières premières, notamment du coton, ces infrastructures visent à créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Il faut dire que les investissements industriels en cours témoignent de cette ambition. Celle de passer d’une économie d’exportation brute à un modèle plus intégré, où la transformation locale réduit la dépendance aux importations et renforce la balance commerciale. Ce rééquilibrage, bien qu’encore embryonnaire, ouvre la voie à une diversification progressive des exportations.
Toutefois, cette mutation ne se fera pas du jour au lendemain. Elle s’inscrit dans une dynamique de long terme, qui pourrait s’étendre sur plus d’une décennie. À court terme, le coton restera le moteur principal des exportations. Mais à mesure que les capacités industrielles se consolident, le Bénin pourrait progressivement redessiner son profil commercial. L’enjeu est de transformer une dépendance historique en levier de développement durable.
Gildas AHOGNI