Reporters sans frontières (RSF) a rendu visite aux journalistes Hugues Comlan Sossoukpè et Ali Moumouni, détenus au Bénin depuis juillet 2025. L’organisation, qui a séjourné dans le pays fin septembre, appelle de nouveau à leur libération et dénonce des conditions de détention jugées indignes.
C’est à la prison civile de Ouidah, à une quarantaine de kilomètres de Cotonou, que la délégation a rencontré Hugues Comlan Sossoukpè le 30 septembre. Fondateur du média d’investigation Olofofo, le journaliste avait trouvé refuge au Togo après avoir reçu des menaces. Il a été interpellé le 10 juillet 2025 à Abidjan, où il s’était rendu sur invitation professionnelle, avant d’être remis aux autorités béninoises en dehors de toute procédure d’extradition. Une interpellation qualifiée d’enlèvement par RSF, qui a saisi la Cour de justice de la CEDEAO.
Après plus de quinze mois de détention, son état s’est dégradé, constate l’organisation. Il ne dispose d’aucun réfrigérateur pour la conservation de ses vivres, ni d’accès à une radio ou une télévision. Souffrant d’asthme et de troubles ophtalmologiques, il ne bénéficierait d’aucun suivi médical régulier. RSF pointe également un manque de dispositif de sécurité dans sa cellule : seul un sifflet permettrait d’alerter les gardiens. L’organisation rapporte que début octobre, l’intervention des surveillants aurait pris une heure après le malaise d’un codétenu.
Longtemps maintenu à l’isolement strict, le journaliste est désormais autorisé à accéder à la cour quelques heures par semaine. Ses droits de visite restent toutefois très restreints : seule son épouse disposerait d’un permis permanent, les autres visites étant limitées à cinq minutes. Sa demande de mise en liberté provisoire, déposée le 6 août par son conseil Me Serge Pognon, a été rejetée le 24 août.
Le second détenu, Ali Moumouni, ancien collaborateur de Canal 3, a été arrêté à Cotonou le 16 juillet 2025. Il est soupçonné de collaboration avec Olofofo. Il est incarcéré à la prison de Cotonou, où il partagerait une cellule de 16 m² avec huit autres détenus.
Les deux journalistes sont poursuivis sur la base du Code du numérique pour harcèlement par voie électronique, incitation à la violence, rébellion et apologie du terrorisme, des chefs d’accusation que RSF lie à l’exercice de leur métier.
À Cotonou, la délégation de RSF a été reçue par la ministre de la Communication, Aurélie Adam Soulé Zoumarou. L’organisation a plaidé pour une accélération de l’instruction afin que leur procès puisse se tenir rapidement. Elle a également demandé la levée des mesures de suspension visant des médias indépendants, dont Reporter Médias Monde suspendu depuis janvier 2025, et une réforme du Code du numérique, qui permet l’emprisonnement de journalistes pour des contenus en ligne alors que les délits de presse sont dépénalisés au Bénin.
E.P
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