Si les relations entre enseignants et élèves sont strictement interdites, une autre réalité, beaucoup moins évoquée, se vit dans certains établissements scolaires. De jeunes professeures font parfois face aux avances insistantes de leurs élèves garçons. Messages privés, regards appuyés ou déclarations directes, le phénomène existe et passe souvent sous silence.
Dans les salles de classe, toutes les attentions ne sont pas forcément tournées vers le tableau. Il y a de ces élèves qui n’ont d’yeux que pour leurs professeures. Élodie, professeure de Sciences physiques, chimiques et technologiques dans deux collèges, dit avoir déjà constaté des comportements qui la mettent mal à l’aise. « Dans certaines classes, vous avez de ces élèves qui vous font des yeux même pendant le cours. Je n’arrive pas à comprendre comment le monde puisse tourner à l’envers de la sorte », confie-t-elle.
En effet, pour Gwladys, l’expérience a été plus directe. Un jour, après les cours, elle reçoit un message provenant d’un numéro inconnu. En demandant à son interlocuteur de se présenter, elle découvre qu’il s’agit d’un de ses élèves de 4e. « Madame, vous êtes très belle et j’ai cherché votre numéro jusqu’à trouver. Je veux bien de vous », lui écrit-il. Une déclaration qui l’a profondément surprise. Pamela assure, elle aussi, avoir été confrontée à ce type de situation. « Il y a de ces élèves qui essaient de nous draguer en tant que leur professeur. Même quand vous montrez fermement qu’ils sont en train de divaguer, il y en a qui reviennent toujours à la charge », raconte-t-elle.
Un phénomène discret, mais bien réel
Du côté des élèves, certains reconnaissent sans détour ces comportements. Claude, en classe de 4e, raconte avoir déjà déclaré sa beauté à une enseignante. Mathias assume également cette pratique : « Quand on trouve une personne qui est belle, il faut le dire, même si c’est son professeur. Nous, on s’amuse parfois à les draguer ». Léonel, élève de 2nde, se souvient même avoir écrit tard dans la nuit à une professeure qui lui plaisait. « Elle m’a bien sermonné », reconnaît-il.
Ces témoignages montrent une réalité rarement évoquée dans les établissements : des enseignantes, particulièrement les plus jeunes, peuvent être confrontées à des avances d’adolescents parfois âgés de 16, 17 ou 18 ans et disposant désormais d’un accès facile aux réseaux sociaux et à la messagerie privée. Le problème ne doit cependant pas être banalisé sous prétexte qu’il s’agit d’adolescents ou de « simples plaisanteries ». Une relation enseignant-élève repose sur une distance professionnelle nécessaire au bon fonctionnement de l’école. Si les enseignants doivent respecter des règles strictes dans leurs rapports avec les élèves, ces derniers doivent également apprendre à respecter les limites de leurs professeurs.
Le silence autour de ces situations ne signifie donc pas leur inexistence. Sensibilisation, éducation au respect et accompagnement des enseignants pourraient permettre de mieux prévenir ces comportements, sans humilier les élèves concernés. Car derrière une « simple drague », il y a aussi une question essentielle : comment apprendre aux jeunes à respecter les limites de ceux qui les encadrent ?
ASG