Il a traversé un siècle sans jamais vraiment quitter son village natal. De la colonie du Dahomey au Bénin contemporain, Olympe Bhêly-Quenum a vu le monde changer, les frontières s’ouvrir et les sociétés se transformer. Mais quelque chose est resté intact : son attachement à Ouidah, à ses ancêtres et aux racines qui ont nourri son imaginaire.
Il y a quelque chose de singulier dans le destin d’Olympe Bhêly-Quenum. À 100 ans, l’écrivain ne donne pas seulement l’impression d’avoir vécu longtemps. Il donne surtout l’impression d’avoir beaucoup traversé.
En effet, né en 1925 à Ouidah, alors que le pays portait encore le nom de Dahomey, il a connu plusieurs vies dans une seule. Écrivain, journaliste, enseignant, intellectuel, voyageur, il a porté son regard bien au-delà du Bénin. Pourtant, plus il voyageait, plus ses racines semblaient prendre de la place dans son œuvre. Chez Bhêly-Quenum, Ouidah n’est jamais très loin. Gléhoué est même davantage qu’un lieu de naissance : c’est une mémoire, une identité, un point d’ancrage.
Son enfance, marquée par sa famille, les langues, les traditions et l’univers du Vodoun, a nourri une œuvre dans laquelle l’Afrique n’est pas un simple décor. Un piège sans fin, L’Initié, Les Appels du Vodoun, Le Chant du lac ou encore La danse du grand prêtre témoignent de cette volonté de raconter un monde depuis l’intérieur.
Et à 100 ans, il continue de rappeler l’essentiel
« Ceux qui oublient leurs racines […] et qui ne pensent plus à leurs parents, à leurs ancêtres, ils sont perdus », confiait-il à la SRTB.
Cette phrase pourrait presque servir de clé à toute son existence. Car Bhêly-Quenum a connu la reconnaissance, les voyages et l’éloignement, sans jamais considérer que la distance devait effacer l’origine. Même lorsqu’un ancien instituteur l’a regardé comme quelqu’un devenu « au-dessus » de ses maîtres, il a revendiqué sa condition d’élève. C’est peut-être là sa plus belle leçon. Un homme peut parcourir le monde sans abandonner la terre qui l’a vu naître. Il peut devenir une référence sans oublier ceux qui l’ont formé.
À son centenaire, le président Romuald Wadagni a salué une voix ayant porté le Bénin « bien au-delà de ses frontières ». Mais le véritable défi commence maintenant : faire vivre cette voix auprès de ceux qui n’étaient pas encore nés lorsqu’elle s’est élevée.
Bhêly-Quenum a traversé cent ans. À nous désormais de ne pas laisser son œuvre traverser l’oubli.
Gildas AHOGNI