Dans le Sahel central, l’or est devenu un enjeu majeur de la guerre menée par les groupes jihadistes. Au-delà de l’exploitation des mines, le contrôle des zones aurifères leur permet de taxer les acteurs économiques, d’extorquer les populations et de financer une partie de leurs activités militaires.
L’or ne constitue pas l’unique source de financement du terrorisme au Sahel, mais son poids dans les économies locales en fait une ressource particulièrement stratégique. Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, les groupes armés cherchent à contrôler non seulement les sites aurifères, mais aussi les routes, les villages et les marchés qui gravitent autour de cette activité
Selon une analyse publiée en juillet 2026 par l’organisme de surveillance des conflits ACLED, les activités liées à l’or représentent environ 90 % des événements de conflit recensés autour des zones minières dans le Sahel central. Sur 1 185 événements étudiés entre 2015 et juin 2026, le Burkina Faso concentre 75 % des violences liées aux activités minières, contre 15 % au Mali et 10 % au Niger.
Taxer plutôt que posséder les mines
Le financement ne repose pas nécessairement sur une exploitation directe des mines par les groupes jihadistes. Dans de nombreuses zones, ceux-ci imposent des taxes aux exploitants artisanaux, prélèvent des paiements sur les commerçants et contrôlent les voies de transport.
Africa Defense Forum, s’appuyant sur les travaux d’ACLED et de l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée, rapporte notamment que certains groupes imposent des taxes directement en or. L’or peut ensuite être conservé, échangé ou utilisé pour acquérir des ressources nécessaires aux opérations armées.
Cette économie procure également des avantages qui dépassent les seuls revenus financiers. ACLED souligne que les zones minières concentrent des populations mobiles, des moyens de transport, des équipements, du carburant et des chaînes commerciales. Elles peuvent donc servir au recrutement, à la collecte de renseignements, au stockage d’armes et au soutien logistique des combattants. Dans certaines zones, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, aurait transformé des sites d’orpaillage en bases semi-permanentes.
Une économie criminelle qui alimente la guerre
Le phénomène n’est pas nouveau. En octobre 2022, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) alertait déjà le Conseil de sécurité sur les liens entre terrorisme, crime organisé et exploitation illégale des ressources naturelles. Selon l’Organisation des Nations unies (ONU), l’or, l’argent et les diamants peuvent constituer des sources importantes de revenus pour les groupes armés et terroristes. Les revenus tirés de ces activités viennent s’ajouter à l’extorsion et permettent notamment l’acquisition d’armes.
L’ONU citait également une opération menée fin 2020 par l’ONUDC et Interpol au cours de laquelle 40 000 bâtons de dynamite et cordons détonateurs destinés à l’extraction illégale d’or pour des groupes armés au Sahel avaient été saisis.
International Crisis Group (ICG), dans son étude consacrée à la ruée vers l’or au Sahel central, met ainsi en évidence le lien entre l’expansion de l’orpaillage, la gouvernance des territoires et les dynamiques de conflit. La lutte contre le financement du terrorisme passe donc aussi par une meilleure traçabilité de l’or, la sécurisation des zones d’exploitation et le contrôle des circuits commerciaux.
Le phénomène dépasse enfin les frontières du Sahel central. ACLED avertit que l’expansion du GSIM vers les pays côtiers pourrait permettre la reproduction de ce modèle dans de nouvelles zones minières, notamment vers la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria.
L’enjeu n’est donc plus seulement de sécuriser les mines. Il s’agit aussi de couper les circuits économiques qui permettent à l’or extrait dans des zones fragiles de devenir une ressource pour la guerre.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU