À travers l’essai « L’Intégrité en démocratie par quatre pouvoirs », Maxime Bruno Akakpo et Gervais Loko revisitent les fondements de la démocratie en Afrique. Les deux auteurs s’intéressent notamment à l’équilibre des pouvoirs, au contrôle des finances publiques et à la lutte contre la corruption, tout en défendant une nouvelle place pour l’audit externe dans le fonctionnement démocratique.
La première préoccupation porte sur l’architecture classique de nos démocraties, fondée sur la séparation tripartite des pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. En effet, dans leur réflexion, les auteurs recommandent le « dépassement de la triade constitutionnelle traditionnelle » au profit d’une démocratie financière articulée autour de quatre piliers institutionnels. Ainsi, le Parlement édicte les normes, le gouvernement les applique, la justice sanctionne et l’auditeur externe indépendant assure le « contrôle permanent ». Autrement dit, l’audit ne devrait plus être considéré comme une simple fonction technique, mais occuper une véritable place dans le fonctionnement démocratique. Ensuite, l’essai aborde la question de la corruption. Les auteurs défendent une approche qui dépasse la seule responsabilité individuelle. Ils la présentent comme le « symptôme d’une démocratie déséquilibrée » et remettent en cause « l’approche messianique » consistant à confier à l’exécutif les clés du combat anticorruption. Pour eux, il serait ainsi « absurde » de placer le dispositif de contrôle sous la tutelle de ceux qui gèrent les deniers publics.
L’autre dimension abordée concerne les finances publiques. Pour les auteurs, la démocratie politique ne peut être séparée de la manière dont les ressources publiques sont gérées. « La liberté politique dépend indubitablement de l’intégrité financière », écrivent-ils. Dans cette logique, ils accordent une place importante à la « discipline budgétaire et financière », présentée comme un moyen de mieux protéger les ressources publiques. Le suivi des recommandations issues des audits figure également parmi les mécanismes mis en avant.
Par ailleurs, la réflexion s’étend au rôle de la société civile, des médias, des partis politiques et des citoyens. L’ouvrage rappelle la « complicité passive » du corps social, face à une société civile « apathique » et à la persistance d’une culture du « retour sur corruption » lors des échéances électorales. Les auteurs soulignent ainsi que la reddition des comptes ne peut être efficace sans une véritable implication citoyenne.
S’inspirant des standards internationaux de l’INTOSAI et de l’équation enrichie de Robert Klitgaard, Maxime Bruno Akakpo, expert en finances publiques et en audit, et Gervais Loko, ancien journaliste et expert en gouvernance et démocratie, proposent des pistes pour renforcer les stratégies nationales d’intégrité. À travers cet essai, les deux auteurs lancent ainsi un appel à repenser les mécanismes de contrôle et les fondements de la gouvernance publique en Afrique.
Alola BIAOU