En décidant en conseil des ministres ce mercredi 3 juin 2026 de rendre gratuite la scolarité des filles de la 6e à la Terminale dès la rentrée 2026-2027, le gouvernement béninois pose un acte fort en faveur de l’éducation et de la promotion de la jeune fille. Une mesure largement saluée pour son ambition sociale. Mais au-delà de l’adhésion qu’elle suscite, cette décision relance un débat de fond sur l’égalité des chances. Dans un contexte où la précarité touche aussi bien les filles que les garçons, certains s’interrogent : la lutte contre les inégalités peut-elle se construire durablement sans prendre en compte les difficultés de tous les apprenants ?
La gratuité de la scolarité pour les filles jusqu’en classe de Terminale constitue sans aucun doute l’une des mesures sociales les plus marquantes adoptées hier en conseil des ministres par le gouvernement du président Romuald Wadagni. En levant un obstacle financier qui freine encore la scolarisation et le maintien de nombreuses jeunes filles à l’école, l’État envoie un signal fort en faveur de l’éducation et de l’autonomisation des femmes.
En effet, l’objectif poursuivi est noble. Il s’agit de réduire les abandons scolaires, de favoriser l’accès des filles à l’enseignement secondaire et de renforcer leur présence dans le système éducatif. À ce titre, la décision mérite d’être saluée. Toutefois, cette avancée soulève également une interrogation légitime : qu’en est-il de l’égalité des chances pour l’ensemble des élèves ?
Dans les établissements scolaires du pays, les difficultés économiques ne concernent pas exclusivement les filles. Chaque année, de nombreux garçons voient leur parcours compromis par l’incapacité de leurs familles à faire face aux frais de scolarité. Certains abandonnent les études, d’autres accumulent les retards de paiement ou sont temporairement exclus des cours. Leur réalité est tout aussi préoccupante. La question n’est donc pas d’opposer filles et garçons. Il serait injuste de remettre en cause une mesure destinée à corriger des inégalités réelles. Mais il est tout aussi pertinent de s’interroger sur la place des garçons issus de milieux défavorisés dans les politiques publiques d’accès à l’éducation.
Si une mesure similaire avait été prise exclusivement en faveur des garçons, le débat sur l’équité aurait probablement été immédiat. Dès lors, la réflexion mérite d’être menée avec sérénité et sans procès d’intention.
À terme, la véritable égalité des chances ne réside-t-elle pas dans la capacité de l’État à garantir à chaque enfant, indépendamment de son sexe, les mêmes possibilités d’apprendre, de réussir et de construire son avenir ? La gratuité accordée aux filles est une avancée importante. Peut-être ouvre-t-elle aussi la voie à une réflexion plus large sur une prise en charge progressive de tous les apprenants béninois.
ASG