Le premier gouvernement du président de la République, Romuald Wadagni suscite quelques commentaires, des interrogations au sein des populations notamment des travailleurs béninois. Pendant que certains apprécient l’équipe en raison des profils choisis, d’autres peinent à comprendre la suppression pure et simple du ministère du travail, l’un des choix les plus controversés.
C’est un secret de polichinelle que le gouvernement de Romuald Wadagni n’a pas un département ministériel exclusivement réservé au travail. Ce ministère dirigé pendant dix années par Adidjatou Mathys a été supprimé en laissant la fonction publique sous la tutelle du ministère de l’Economie et des finances. Pour certains béninois, cette suppression constitue la première véritable tâche noire du premier gouvernement de Romuald Wadagni.
Le chef de l’État vient ainsi de poser un acte que peu de personnes comprennent réellement, car ce ministère était le canal d’échange privilégié des centrales syndicales et des conflits liés au monde professionnel dont revendications salariales et les plaidoyers pour l’amélioration des conditions de travail des agents de l’Etat et du privé. Sa disparition du nouvel organigramme gouvernemental laisse donc un grand vide et suscite déjà des doutes dans le rang des travailleurs. Plus surprenant encore, la Fonction publique est désormais placée sous la tutelle du ministère de l’Économie et des Finances. Un choix qui interroge à plusieurs niveaux.
Dans les administrations comme dans les entreprises, beaucoup se demandent désormais qui sera véritablement l’interlocuteur des travailleurs au sein de l’Exécutif. À quelle porte frapperont les syndicats lors des négociations sociales ? Qui portera les préoccupations liées au travail décent, à la sécurité professionnelle ou les revendications sociales ? Autant de questions qui méritent des éclaircissements.
La Cstb très remontée
Dans les milieux syndicaux, l’indignation est déjà visible chez les responsables. Dans un message rendu public, le Secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (Cstb), Kassa Mampo, n’a pas caché son incompréhension face à cette décision qu’il juge incompréhensible. A l’en croire, cette réforme laisse les travailleurs sans interlocuteur direct au sein du gouvernement. « On ne comprend pas que la fonction publique soit logée désormais au ministère des finances qui d’ailleurs s’en sort avec quatre ministères. On ne sait même plus quel ministère s’occupe du travail. Cela veut dire que les travailleurs sont laissés à leur sort, à la merci des patrons », a-t-il déploré.
Pour lui, le ministère du Travail représente bien plus qu’un simple département ministériel ; il est le l’acteur central du dialogue entre le pouvoir et les travailleurs. « La fonction publique est reléguée à l’arrière-plan. On ne peut pas mettre sous le ministère des finances, la fonction publique. Procéder ainsi, c’est, privilégier tout simplement les finances par rapport aux hommes. C’est très grave. Or, il faut définir les objectifs à atteindre. Et c’est par rapport à ça qu’on essaie de voir comment rassembler les finances nécessaires pour régler les problèmes », a proposé Kassa Mampo.
Pour finir, le responsable syndical a invité Romuald Wadagni à voir de très près les problèmes soulevés pour que le gouvernement puisse vraiment aider à la résolution des problèmes des travailleurs et des peuples. Le successeur de Patrice Talon devra donc revoir sa ligne, car la construction d’un pays nécessite des travailleurs écoutés et considérés.
Alassane Touré