Depuis 2016, le Bénin a profondément remodelé son réseau diplomatique, passant d’une présence étendue à une carte resserrée. Cette réforme, défendue au nom de l’efficacité, suscite débats et inquiétudes, notamment dans un contexte sécuritaire régional tendu.
La transformation est radicale. En moins d’une décennie, le réseau diplomatique du Bénin a été drastiquement réduit. Selon le ministre des Affaires étrangères Olushegun Adjadi Bakari, le pays est passé de « plusieurs dizaines » d’ambassades avant 2016 à environ une quinzaine aujourd’hui, soit une réduction de près de moitié.
L’un des arguments majeurs avancés par le gouvernement est financier. La réduction du réseau diplomatique aurait permis au Bénin d’économiser environ 6 milliards de francs CFA par an, des ressources réaffectées à des secteurs prioritaires comme les infrastructures ou l’éducation.
Cette réforme répond aussi à une réalité budgétaire : auparavant, près de 80 % des ressources du ministère étaient absorbées par le fonctionnement des ambassades, limitant les investissements stratégiques.
Dans cette logique, plusieurs postes ont été fermés ou transformés en ambassades « non résidentes », avec des diplomates couvrant plusieurs pays depuis une même capitale. Une approche qui privilégie l’efficacité, mais réduit la présence directe du Bénin à l’étranger.
Une recomposition des profils diplomatiques
Au-delà des chiffres, la réforme s’accompagne d’une transformation des profils à la tête de la diplomatie. L’arrivée de Olushegun Adjadi Bakari, ancien banquier et entrepreneur, illustre cette évolution vers une diplomatie davantage tournée vers les affaires et l’investissement.
Cette orientation s’est traduite par une place accrue accordée à des profils issus du secteur privé ou du monde politique, au détriment de certains diplomates de carrière. Selon des sources contactées, jusqu’en juin 2024, seulement trois des 16 Chefs de missions diplomatique et consulaire auraient été diplomates de carrière. Une évolution critiquée par certains observateurs, qui y voient une « politisation » et une « marchandisation » de la diplomatie béninoise.
Une diplomatie en crise avec le Niger
Depuis le coup d’État de 2023 à Niamey, les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées, entraînant de fermeture mutuelle des ambassades et une rupture de la coopération diplomatique.
Cette situation intervient dans un contexte sécuritaire préoccupant. Le nord du Bénin fait face à une expansion du terrorisme, rendant cruciale la coopération avec les pays voisins, notamment le Niger. Or, la dégradation des relations diplomatiques complique les échanges de renseignements et la coordination sécuritaire.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU