En dix ans de pouvoir, le président Patrice Talon a profondément transformé les infrastructures routières et renforcé les capacités énergétiques du Bénin. Si ces avancées traduisent une volonté de modernisation accélérée, les récentes perturbations dans la fourniture de l’électricité viennent nuancer ce bilan et alimenter les frustrations des populations.
De 2016 à 2026, le Bénin a connu une mutation visible de son paysage infrastructurel. Le secteur routier, en particulier, s’impose comme l’un des plus grands marqueurs du régime de Patrice Talon. En une décennie, environ 3 000 kilomètres de routes bitumées ont été réalisés ou engagés, un chiffre qui dépasse largement les quelque 2 000 kilomètres construits entre 1960 et 2016.
Ce rythme soutenu traduit une volonté politique affirmée de combler le déficit en infrastructures et de faciliter la mobilité sur toute l’étendue du territoire national. Selon les données officielles, 1 737 kilomètres de routes ont déjà été livrés, tandis que plus de 1 100 kilomètres sont encore en cours de réalisation. Cette dynamique a contribué à désenclaver plusieurs localités longtemps restées en marge du développement. Dans les grandes villes comme Cotonou, Porto-Novo, Parakou ou encore Abomey-Calavi, les transformations sont particulièrement visibles. Le programme d’asphaltage, considéré comme le projet phare de la « Rupture », a profondément modifié le visage urbain. Des quartiers autrefois difficilement accessibles bénéficient désormais de routes modernes, facilitant les déplacements et améliorant les conditions de vie des populations.
Ce vaste chantier d’asphaltage ne s’est pas limité aux grandes agglomérations. Des villes comme Djougou, Kandi ou Ouidah ont également été impactées, témoignant d’une volonté de rééquilibrage territorial. Au-delà de l’esthétique urbaine, ces infrastructures jouent un rôle économique crucial en facilitant la circulation des personnes et des biens, tout en stimulant les échanges commerciaux. Ainsi, le secteur des infrastructures apparaît comme l’un des succès majeurs du mandat de Patrice Talon. Il incarne une forme de rupture avec les décennies précédentes, marquées par une progression plus lente du réseau routier. Cette accélération du développement infrastructurel est souvent présentée comme un levier essentiel pour soutenir la croissance économique du pays.
Parallèlement aux routes, le secteur de l’énergie a également connu des avancées notables. En 2016, le Bénin dépendait presque entièrement des importations d’électricité, notamment en provenance du Nigeria via le Togo. Cette dépendance exposait le pays à des pénuries fréquentes et à une instabilité chronique de l’approvisionnement.
En dix ans, la situation a significativement évolué. Le pays dispose désormais d’une capacité de production propre dépassant les 180 mégawatts, couvrant plus de 60 % des besoins de pointe. Cette progression est en grande partie attribuée à la mise en service de la centrale thermique dual fuel de Maria Gléta, initialement conçue pour produire environ 127 MW, avec une extension vers 180 MW. Le développement des énergies renouvelables constitue un autre pilier de cette transformation. Plusieurs centrales solaires photovoltaïques ont été installées à travers le pays, notamment à Bohicon, Parakou, Kandi et Djougou. Ces investissements traduisent une volonté de diversification du mix énergétique et de réduction de la dépendance extérieure. La mise en place de la liaison Nord-Sud a également permis d’améliorer le transport de l’électricité sur le territoire, assurant une meilleure répartition de l’énergie produite. Cette infrastructure stratégique contribue à renforcer la stabilité du réseau et à réduire les disparités régionales en matière d’accès à l’électricité.
Malgré ces avancées indéniables, le secteur de l’énergie présente toutefois des limites qui ternissent le bilan global. Depuis plusieurs mois, les populations font face à un retour marqué des délestages dans de nombreuses localités. Ces coupures récurrentes d’électricité ravivent les frustrations et interrogent sur la capacité du système à répondre durablement à la demande croissante.
En définitive, le bilan des dix années de gouvernance de Patrice Talon apparaît contrasté. D’un côté, le pays a connu une transformation spectaculaire de ses infrastructures routières, avec des réalisations qui marquent durablement le territoire et facilitent le développement économique. De l’autre, le secteur énergétique, malgré des progrès réels, peine encore à répondre pleinement aux attentes des populations.
Ce double visage du bilan met en lumière les défis qui restent à relever pour consolider les acquis et assurer un développement harmonieux. Si la modernisation des infrastructures constitue une base solide, la question de l’accès fiable à l’énergie reste un chantier prioritaire pour garantir une amélioration durable des conditions de vie des Béninois.
Gildas AHOGNI