L’annonce de la démission de Boni Yayi de la tête du parti Les Démocrates continue de susciter des réactions au sein de la classe politique et particulièrement dans les rangs de cette formation de l’opposition. A y voir de près, ces simulacres de regret qui ont conduit au rejet de la démission par la coordination nationale ne sont que du théâtre, car il y a quelques semaines, certains responsables et militants du parti Les Démocrates ont voulu la tête de l’ancien président de la République qui dirigeait le parti jusqu’à la veille de sa démission.
L’ancien président de la République, Boni Yayi évoquant des raisons de santé, a décidé il y a quelques jours de se retirer de la direction du parti qu’il présidait depuis sa création. Une décision qui, visiblement, a provoqué une agitation au sein de l’appareil dirigeant. Dans la foulée, une coordination nationale du parti s’est réunie et a rejeté la démission de l’ancien chef de l’État. Une mission a même été dépêchée auprès de Boni Yayi pour tenter de le convaincre de revenir sur sa décision. Mais l’ancien locataire de la Marina est resté inflexible, fortifiant sur sa position et refusant de reprendre les rênes de la formation politique. Si officiellement cette démarche est présentée comme une preuve d’attachement à la personnalité de l’ancien président, elle laisse pourtant dubitatif, car derrière ces appels au retour se cache, pour certains, une bonne dose d’hypocrisie politique.
En effet, il y a encore quelques mois, la présence de Boni Yayi à la tête du parti Les Démocrates dérangeait et était ouvertement contestée par plusieurs cadres de la formation. Dans certains cercles restreints, son leadership était présenté comme l’une des principales causes des contre-performances enregistrées par le parti. Son incapacité supposée à faire valider certaines listes de candidatures, notamment pour la présidentielle et les communales, ainsi que les résultats jugés insuffisants lors des élections législatives avec moins de 20 % des suffrages dans certaines circonscriptions lui étaient régulièrement collés.
Pour une partie de leaders aspirant à prendre les commandes du parti, l’ancien président apparaissait même comme la principale barrière à la reconstruction de la formation politique. Selon eux, sa mise à l’écart était perçue comme la condition sine qua non pour permettre au parti de retrouver ses lettres de noblesse sur l’échiquier politique national. Dès lors, une question mérite d’être posée : pourquoi ces mêmes acteurs qui réclamaient hier son départ s’empressent-ils aujourd’hui, même de manière voilée, de rejeter sa démission ? Pourquoi se réfugier derrière la bannière de la coordination nationale pour tenter de le retenir ? Cette posture ressemble davantage à une forme de sournoiserie politique qui ne dit pas son nom, car il est difficilement compréhensible que l’on réclame pendant des mois le départ d’un dirigeant et que, le jour où celui-ci décide de se retirer de lui-même, on se mette à implorer son retour.
En réalité, ceux qui souhaitaient réellement le départ de Boni Yayi devraient logiquement se réjouir aujourd’hui. Ils obtiennent en effet ce qu’ils réclamaient depuis longtemps : un boulevard pour peser davantage dans la direction et l’orientation du parti. Ne pas assumer cette réalité relève d’une véritable lâcheté politique. Dans tous les cas, cela traduit une incapacité à assumer ses positions et ses déclarations passées. La politique exige pourtant de la cohérence et du courage. Ceux qui réclamaient hier le départ de l’ancien président devraient avoir l’honnêteté de reconnaître que leur souhait est désormais exaucé, plutôt que de se cacher derrière des appels de façade qui sont désormais mis à nue.
À trop jouer sur deux tableaux, certains leaders du parti finissent par révéler ce qu’ils voulaient pourtant dissimuler, une hypocrisie politique qui fragilise davantage une formation déjà en quête de repères et qui peine à rivaliser avec une mouvance qui dispose de toutes les ressources (humaines, logistiques et institutionnelles) pour tout broyer sur son passage. Boni Yayi a même bien fait de rejeter la demande de la délégation qui voulait qu’il revienne sur sa démission. En le faisant, il se démarque de ce lot de personnes prêtes à ravaler leurs vomissures pour des intérêts qu’on ignore jusque-là.
Alassane Touré