Chaque soir, à partir de 19 heures, la cité Ouèdo devient le point de ralliement des habitants d’Abomey-Calavi en quête d’air frais et de détente. Couples, familles, groupes d’amis s’y retrouvent parfois jusqu’après minuit. Derrière cette affluence inhabituelle se cache une réalité préoccupante : le manque criard d’espaces publics dans une commune en pleine expansion.
À la tombée de la nuit, la cité Ouèdo change de visage. Les rues s’animent, les rires fusent, les motos s’alignent et abords des routes se remplissent. Martin, habitant de Hêvié, confie : « Ici à Ouèdo, on vient prendre de l’air. Moi je quitte Hêvié presque tous les soirs avec soit mon ami soit ma petite amie histoire de se retrouver à l’air libre. Ça nous fait du bien ». Comme lui, ils sont nombreux à considérer cet espace vert comme un véritable havre de paix. Pour Jeanne, le constat est simple. « Il faut dire qu’il n’y a pas vraiment de jardin public à Abomey-Calavi », nous a-t-elle expliqué. Son observation reflète un sentiment largement partagé. En dehors de l’espace vert DMH sis à Calavi Kpota, la commune manque cruellement d’aménagements dédiés à la détente et aux loisirs. Le résultat direct est que la cité Ouèdo devient un exutoire collectif.
En effet, la situation prend une dimension encore plus frappante en période festive. Romaric raconte son expérience lors des fêtes de fin d’année 2025. « Nous sommes venus entre amis pour festoyer la veille Noël et il n’y avait pas de place. Les gens sont restés tard dans la nuit au-delà de 00h ». Cette affluence massive, loin d’être anecdotique, traduit un besoin profond d’espaces de convivialité. Isabelle, elle, évoque une routine hebdomadaire : « Mon petit ami m’amène au moins une fois par semaine. On n’a pas trouvé autre endroit où prendre l’air les soirs mieux qu’ici ». Derrière ces mots se dessine une réalité urbaine préoccupante du fait que dans une commune en pleine croissance démographique, l’offre d’espaces publics n’a pas suivi le rythme.
Abomey-Calavi est aujourd’hui l’une des communes les plus dynamiques du sud du Bénin. Sa proximité avec Cotonou, l’essor des lotissements et l’implantation de nouvelles cités ont accéléré son urbanisation. Mais cette expansion semble s’être faite au détriment de la planification des espaces verts et des lieux de loisirs accessibles à tous. À Ouèdo, on croise des jeunes, des enfants jouant sous le regard de leurs parents, des personnes âgées venues respirer l’air du soir, des couples en quête d’intimité discrète. Cet écosystème social démontre l’importance de tels lieux.
Cependant, la concentration excessive des populations sur un seul site comporte des risques. Saturation, nuisances sonores, insécurité potentielle, dégradation de l’environnement. Ce sont autant de conséquences possibles lorsque la demande dépasse largement l’offre. Si l’affluence est déjà impressionnante en temps normal, elle devient énorme lors des fêtes, transformant l’espace en une marée humaine difficile à contenir.
Cette situation interpelle directement les autorités communales d’Abomey-Calavi. La création de nouveaux jardins publics, de parcs de quartier et d’aires de loisirs devrait constituer une priorité dans les politiques d’aménagement. Il ne s’agit pas seulement d’embellir la ville, mais d’investir dans le bien-être collectif. Des terrains existent encore dans plusieurs arrondissements. Leur aménagement en espaces verts structurés, sécurisés et entretenus permettrait de décongestionner Ouèdo et d’offrir aux populations des alternatives de proximité. Chaque quartier pourrait disposer d’un lieu de rassemblement adapté, réduisant ainsi les déplacements et favorisant un équilibre territorial.
La cité Ouèdo ne devrait pas être l’unique refuge d’une commune entière. Son succès révèle un manque structurel. Il appartient désormais aux décideurs locaux d’entendre ce message silencieux mais puissant. Les habitants d’Abomey-Calavi ont besoin d’espaces pour se retrouver, respirer et vivre ensemble.
Créer davantage d’espaces publics, c’est investir dans la paix sociale, la convivialité et l’avenir de la commune. Ouèdo a montré la voie. À la municipalité de transformer l’essai.
Gildas AHOGNI