À Matéri, la jeunesse s’en va, emportée par le mirage d’un avenir meilleur ailleurs. Entre exode rural massif, tentations migratoires vers les pays voisins et fléau grandissant de l’alcool, la commune saigne de ses forces vives. Un cri de cœur s’élève pour alerter autorités et communautés sur une hémorragie silencieuse aux conséquences dramatiques.
Matéri se vide lentement, mais sûrement. Chaque jour, des jeunes garçons prennent la route du Nigeria, du Niger, de la Côte d’Ivoire ou de la Guinée, convaincus qu’au-delà des frontières se trouve la fortune qui leur échappe ici. Derrière eux, ils laissent des champs en friche, des parents inquiets et des villages qui s’éteignent peu à peu.
Les jeunes filles ne sont pas épargnées. Certaines descendent vers le sud du Bénin pour travailler dans des bars ou des restaurants, d’autres traversent la frontière vers le Burkina Faso, souvent exposées à la précarité et à divers dangers. Ce départ massif n’est plus un simple phénomène migratoire : c’est une fracture sociale.
Pourquoi partent-ils ? La question dérange, mais elle mérite d’être posée. Le manque d’emplois décents, l’insuffisance d’unités de transformation agricole, l’absence d’industries locales et la faiblesse des infrastructures pèsent lourd dans la balance. À cela s’ajoute un sentiment d’abandon et d’injustice. Beaucoup de jeunes estiment que leurs efforts ne sont ni valorisés ni accompagnés. Quand l’espoir s’amenuise, l’ailleurs devient une tentation irrésistible.
Récemment, la problématique de l’alcoolisme chez les jeunes avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Aujourd’hui, la désertion vient aggraver le mal. Entre désœuvrement et manque de perspectives, certains sombrent ; d’autres fuient. Dans les deux cas, Matéri perd. Que restera-t-il demain si cette hémorragie continue ? Une agriculture affaiblie, des écoles clairsemées, des traditions sans relève. Une commune sans jeunesse est une terre sans avenir.
Il est temps que les autorités locales et nationales se penchent sérieusement sur la question. Investir dans la formation professionnelle, soutenir l’entrepreneuriat rural, moderniser l’agriculture, créer des pôles économiques attractifs sont des pistes exploitable. Des solutions existent, mais elles exigent volonté et action concrète.
Ce cri de cœur n’est pas une accusation gratuite. C’est un appel urgent. Matéri ne doit pas devenir un territoire de souvenirs. Sa jeunesse est sa richesse. La laisser partir sans réagir, c’est accepter de voir s’éteindre son avenir collectif.
Gildas AHOGNI