Depuis bientôt trois mois, Candide Azannaï, opposant au régime de Patrice Talon connu pour ses déclarations visant à mettre à nu les agissements peu orthodoxes du pouvoir est placé sous mandat de dépôt dans un dossier de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Dans un communiqué, la famille du détenu par la voix de son fils Aaron Azannaï, dénonce les conditions de détention de l’acteur politique tout en appelant au respect des droits fondamentaux au Bénin. Une thèse confirmée par l’avocat du prévenu. De leur côté, les autorités réfutent toute condition de détention inhumaine de Candide Azannai. Il urge donc de savoir à qui se fier quant aux circonstances réelles d’emprisonnement du président du parti « Restaurer l’espoir ».
Dans quelles conditions d’incarcération se trouve actuellement Candide Azannaï ? Longtemps restée silencieuse après l’interpellation de l’opposant, la famille du détenu est enfin de son mutisme. Par le canal d’un communiqué, Aaron Azannaï dénonce les conditions exécrables de détention dans lesquelles vit Candide Azannaï, président du parti « Restaurer l’espoir » et ancien ministre délégué à la défense de Patrice Talon. Selon le document, depuis bientôt trois mois, Candide Azannaï, âgé de 67 ans, est détenu dans des conditions inhumaines et dégradantes, contraires aux normes nationales et internationales relatives au traitement des personnes privées de liberté. Il est détenu, sans accès à une cellule réglementaire, contraint à des conditions dégradantes, privé de conditions minimales d’hygiène, de repos et de dignité.
Malgré son âge avancé et un état de santé fragile nécessitant un suivi médical régulier, l’accès à son médecin ne lui a pas été accordé, en dépit d’une demande formelle adressée au Procureur Spécial, restée sans réponse à ce jour. Selon le fils, à ce jour, aucune accusation claire ne lui a été notifiée, aucune preuve ne lui a été présentée, aucune comparution devant un juge n’a eu lieu et aucune date de procès n’a été communiquée. « Nous ne demandons ni privilège, ni faveur. Nous demandons simplement que le droit soit respecté, car jusqu’à preuve du contraire, notre père bénéficie de la présomption d’innocence. Ces faits constituent une violation manifeste de la présomption d’innocence, principe fondamental garanti par la Constitution béninoise, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (Cadhp), ainsi que par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (Pidcp) », peut-on lire. A en croire Aaron Azannaï, cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de restriction des libertés publiques et de répression des voix dissidentes au Bénin. Tout porte à croire que cet enlèvement crapuleux et cette détention assimilable à une prise d’otage ont pour objectif de briser, d’éliminer moralement, voire physiquement, un homme dont le seul tort est d’avoir refusé de se soumettre à la volonté visiblement personnelle du pouvoir. « Nous craignons aujourd’hui pour la santé et pour la vie même de notre père bien qu’il soit un guerrier. De nombreux citoyens, journalistes, militants et acteurs politiques et bien d’autres, sont victimes d’arrestations arbitraires, de détentions abusives et de procédures judiciaires opaques. Ces pratiques contribuent à instaurer un climat de peur et d’intimidation, incompatible avec les principes d’un État de droit démocratique », a-t-il écrit.
Une thèse confortée
Dans une déclaration faite sur une radio locale du pays, Aboubakar Baparapé, avocat de Candide Azannaï a laissé entendre qu’il a vu son client le vendredi dernier parce qu’il ne va pas bien. Au dire du conseil, son état de santé est un peu en train de se dégrader d’après ses plaintes dont il a fait part. « Pour ça il reçoit la visite de son épouse et d’une de ses filles. Là les conditions sont très exécrables. Il est enfermé 24h/24 sans la possibilité d’avoir une heure comme cela se fait généralement donc pour les détenus, de marcher, faire un peu de sport tout ça ce serait qu’une heure mais là il est enfermé 24h/24 », a dénoncé Aboubakar Baparapé. D’après les propos de Candide Azannaï rapportés par son avocat, il se couchait pratiquement au sol parce que le matelas était infecté de punaises.
Un appel au respect des droits fondamentaux
Dans le communiqué, Aaron Azannaï lance un appel aux organisations internationales de défense des droits humains, aux médias nationaux et internationaux, aux organismes onusiens et régionaux compétents et aux représentations diplomatiques, afin qu’ils se saisissent de cette situation, qu’ils exercent une vigilance accrue, et qu’ils interpellent les autorités béninoises pour la libération de Candide Azannaï ou, à défaut, sa présentation devant une juridiction compétente. « La famille exige aussi le respect strict de ses droits fondamentaux, notamment l’accès aux soins médicaux et la garantie d’un procès équitable, public, transparent et conforme aux standards internationaux», a dénoncé la famille tout en restant disponible pour toute information complémentaire, témoignage ou documentation permettant d’éclairer cette situation.
Des accusations rejetées par les autorités
Dans le cercle des autorités, ces allégations qualifiées d’«alarmistes» sont totalement rejetées et balayées du revers des mains. En d’autres termes, les responsables s’inscrivent en faux contre ces dénonciations. A en croire les écrits ventilés par les klébés du pouvoir sur les réseaux sociaux, contrairement aux allégations propagées sur des plateformes numériques, Candide Azannaï bénéficie d’un régime carcéral qui, dans un contexte de surpopulation pénitentiaire chronique, peut être qualifié de privilégié. Il occupe ainsi une cellule individuelle, disposition exceptionnelle qui lui assure à la fois sécurité et intimité, dans un environnement généralement saturé. «Sur le plan de ses droits fondamentaux, aucune entrave n’a été opposée à ses communications avec sa famille ou ses conseils juridiques. Les visites se déroulent conformément aux dispositions légales, lui permettant un suivi régulier et une assistance continue. Son état de santé fait par ailleurs l’objet d’une attention médicale suivie, infirmant toute accusation de négligence ou de mise en péril délibérée», ont-ils relayés. Par ailleurs, ils estiment que juridiquement, la procédure suit son cours avec une transparence incontestable. Candide Azannai a été dûment informé des charges retenues à son encontre, et le juge d’instruction a procédé à leurs notifications officielles, dans le strict respect des garanties défensives. Le dossier, encore en construction, doit intégrer les auditions d’une cinquantaine de co-inculpés, démontrant ainsi la progressivité normale de l’enquête, sans précipitation ni irrégularité. Selon le pouvoir, ces éléments attestent que les tentatives de dramatisation relèvent davantage d’une manipulation de l’opinion que d’un souci d’objectivité.
A la recherche de la vérité
Face aux déclarations du camp de la famille porté par Aaron Azannaï et du camp des autorités, il s’avère plus qu’opportun que les voix les plus autorisées éclairent l’opinion publique sur les véritables conditions de détention de Candide Azannaï. Le ministère de la Justice, l’Agence pénitentiaire du Bénin et les autorités carcérales sont donc attendus pour se prononcer sur le sujet afin de situer les uns et les autres sur les tenants et les aboutissants de ce dossier qui ternit l’image du système judiciaire et des conditions de détention en milieu carcéral au Bénin.
Mohamed Yèkini