Au nom de la vérité ou au nom de son frère ?
Son arrestation au nom d’une hypothétique affaire de coup d’Etat manqué suscite des interrogations. Comment un homme qui a défendu la démocratie et la liberté toute sa vie en devient le prédateur au soir de sa vie ? Sauf accusation maladroite et injuste, Alassani Tigri apparaît comme une victime expiatoire d’une affaire où seul son patronyme semble prouver sa culpabilité.
Depuis le mercredi 28 janvier, Alassani Tigri est privé de la liberté. Au nom d’une hypothétique manifestation de la vérité dans l’affaire de putsch manqué du 07 décembre dernier, Alassani Tigri, grand frère du colonel Pascal Tigri est écroué. Sa bonne foi et son état de santé n’ont pas réussi à convaincre les magistrats instructeurs de le mettre tout au moins sous convocation. Il se voit ainsi inculpé pour un coup de force alors que toute sa vie, il a œuvré pour la liberté et la démocratie et en a payé même le prix fort.
Né le 4 octobre 1951 à Boukoumbé, ce père de cinq enfants a eu un parcours académique respectable. Après l’obtention de son baccalauréat au lycée Mathieu Bouke, il est parti poursuivre ses études en France mais sa fibre patriotique le contraint à un retour précoce. En effet, il est rentré au Bénin avant la fin de ses études pour défendre le peuple béninois contre la dictature instaurée pendant la période du PRPB. Il a rejoint le mouvement communiste PCB, avec lequel il s’est battu pacifiquement pour libérer le peuple béninois. Cela lui a d’ailleurs valu d’être arrêté et emprisonné à Segbana pendant quatre ans. Cette lutte pour que le peuple béninois puisse être libre et bénéficier d’une répartition équitable des richesses lui valut la prison et la séparation d’avec sa famille. Ce fut un moment très douloureux qu’il a su gérer avec courage.
Grâce aux multiples mouvements et contestations, le régime du PRPB est tombé et l’organisation de la conférence nationale a permis l’avènement de la démocratie. Alassani Tigri recouvra donc sa liberté et sans répit, il va s’engager pour son pays et le peuple béninois. Il sera nommé ministre de la jeunesse et des sports par le président Nicéphore SOGLO. Il a apporté sa pierre à l’édifice dans le développement du sport au Bénin. Humble et modeste, il s’est toujours contenté de son salaire et a fait son devoir en contribuant au développement de son pays. En effet, après l’ère SOGLO, il a continué à se battre pour le peuple en dénonçant toute atteinte aux libertés du peuple. Il n’y pas de doute que c’est un démocrate dans l’âme. Le respect des droits de l’homme et des libertés est chevillé à son corps. Il a d’ailleurs décroché un master en droits de l’homme, ce qui lui a permis de postuler à la Francophonie et d’y travailler pendant plusieurs années en France. Après plusieurs années à la Francophonie, il est rentré au Bénin pour servir son peuple. Le président YAYI Boni l’a nommé secrétaire général et il a pu continuer à donner de lui-même pour le développement du Bénin. De nombreuses personnes peuvent vous en parler comme de quelqu’un de droit, jamais dans les scandales, et qui se contente de ce qu’il a.
Modeste, fidèle et accessible, Alassani Tigri a toujours défendu les opprimés. Il a consacré toute sa vie à cela. Il aurait pu accepter une grande richesse et trahir ses convictions, mais jamais il ne l’a fait et a élevé ses enfants en leur inculquant les valeurs morales.
Infraction « mystère »
Après 2016, Tigri Alassani est resté au service du peuple via le parti Les Démocrates, en dénonçant toutes les atteintes aux droits de l’homme et aux libertés démocratiques. Étant du parti de l’opposition, il s’est battu pour des élections inclusives et le respect du vote démocratique. Il est pacifiste de longue date; pour lui, tout se joue dans les urnes et par le vote du peuple.
Comment donc imaginer que quelqu’un qui a eu ce parcours puisse se mêler d’un coup d’Etat ? Pourtant Alassani Tigri se retrouve aujourd’hui en détention provisoire en raison du putsch manqué organisé par son frère. En effet, après avoir dénoncé, via tous les canaux possibles, cet acte et présenté ses condoléances aux victimes, il est parti en France pour se soigner et prendre du recul face à l’atmosphère politique tendue. A son retour- qu’il a décidé volontairement – il a été d’abord retenu à l’aéroport. Son passeport lui a été retiré et on l’a informé de se présenter à Interpol (aucune date de retrait du passeport ne lui a été notifiée). Étant endeuillé par le décès de sa belle-sœur, dont l’enterrement allait avoir lieu deux jours après son arrivée, il s’était dit qu’il irait se présenter pour récupérer le passeport juste après l’enterrement. Sorti pour recevoir des soins (il a reçu une perfusion), il est revenu se reposer et assister à la veillée qui allait se dérouler à son domicile, la maison mortuaire, lorsque les policiers sont arrivés avec un important dispositif et l’ont embarqué. Il faut préciser qu’il n’a reçu au préalable aucune convocation comme l’a prétendue une certaine presse. Le mercredi 28 janvier, il a été conduit à la BEF, puis auditionné le lendemain et déféré à la prison de Missérété. Aucune preuve n’a été fournie sur son implication dans le putsch à ce jour. Une perquisition a été effectuée à son domicile le samedi 31 janvier. L’accès à tout a été facilité par son épouse.
Jusqu’à ce jour, l’infraction commise par Alassani Tigri n’a jamais été connue. Il est sorti du pays pour aller se soigner alors qu’une disposition légale ne le lui interdit. Il n’a reçu aucune convocation l’invitant à revenir. Pourquoi serait-il revenu s’il se reprochait quelque chose ou avait reçu une convocation ? Voulant être transparent, il a reconnu lui-même avoir reçu un appel de son frère la veille lui demandant où il se trouvait et il a répondu Tanguieta. Est-ce que cela suffit à dire qu’il est complice ? Son entourage se demande ce qu’on lui reproche
Agé de 75 ans et souffrant de nombreux maux, contraint à recevoir des soins à Cotonou, ne mérite-t-il pas mieux qu’une prison ? Ne pouvait-on pas le mettre sous convocation ou même en résidence surveillée ?