L’image insolite de l’ouverture de la dixième législature est celle de la députée du bureau d’âge commise à la lecture des noms des 109 députés. A l’exercice, la prononciation des patronymes de ses collègues se révèle laborieuse pour la néodéputée. Elle conduira le massacre des noms jusqu’au paroxysme avec le cas du député de la vingtième circonscription élection Ahouanvoebla qu’elle va segmenter en deux petits noms et ponctuer par une prononciation qui en donne une autre signification. Ahouanvoebla deviendra « Ahouanvô Ebla ».
Le comble, en dépit des ricanements et des rappels à l’ordre, elle va répéter sa prononciation calamiteuse précédée de la manifestation de sa désolation. L’extrait devenu viral sur les réseaux sociaux suscitera une vague d’indignation de la part des citoyens qui déplorent, pour certains, le niveau intellectuel de la députée et pour d’autres son niveau d’inculture politique. Puis, comme en ces circonstances, des communicants ou aspirants à de tels jobs et autres klébés prennent la défense de la députée qu’ils dédouanent en brandissant ses origines ouest-nordistes comme excuse à sa mauvaise prononciation. Si donc on devrait s’en tenir à cette thèse, il sera désormais loisible à toute personne venant du sud de mal prononcer un patronyme du septentrion en se servant comme prétexte ses origines.
Mais pour dire vrai, cette mauvaise prononciation cache un manque de culture inquiétant pour une élue du peuple. Car, le massacre phonétique de la députée prouve bien que son auteur n’a presque jamais entendu ce nom. Pourtant, il s’agit là d’un des députés les plus anciens de notre parlement avec sept législatures à son compte. Et mieux, Augustin Ahouanvoebla n’est pas si discret que ça. Il détient la palme d’or des propos controversés et des déclarations va-t’en-guerre. Quelqu’un qui suit l’actualité politique du Bénin ses vingt dernières années devraient avoir entendu tout au moins ce nom pour ne pas le massacrer à la prononciation. Le poste de député devrait être d’un grand prestige politique dans la mesure où l’élu, même s’il provient d’une circonscription électorale, a un mandat national. C’est d’ailleurs pourquoi l’Etat lui accorde des avantages matérielles et financiers liés au prestige de son poste politique qui est le plus élevé dans la hiérarchie des responsables politiques élus après le chef de l’Etat. Devraient donc accéder à cette institution, des hommes et des femmes qui ont du parcours, connaissent les problèmes de leurs mandants et sont capables d’y trouver des solutions par les lois qu’ils peuvent initier, amender et voter. On ne devrait donc pas y envoyer des gens qui découvrent la politique ou qui y font leurs premiers pas. Quelqu’un qui arrive à l’Assemblée Nationale devrait tout au moins avoir du parcours politique en tant que militant et connaître un peu l’histoire de l’institution dans laquelle il veut siéger pendant sept ans.
L’avènement des circonscriptions électorales féminines et le souci effréné de féminiser le parlement, a permis d’y faire débarquer une engeance de députées bonnes pour le décor, sans parcours professionnel respectable, sans passé militant respectable. Elles excellent plus dans le cosmétique et l’extravagance vestimentaire que dans la contribution intellectuelle au débat démocratique et à la vie parlementaire.
Questions : Quels sont les critères qui fondent le choix de ces députées ? Comment sont-elles choisies ou cooptées pour être sur les listes ? Qui les choisit ?