Le 12 Avril 2026, les béninois seront aux urnes pour élire le successeur du président Patrice Talon. Ce scrutin perçu, à raison, comme un match amical entre partisans de la mouvance présidentielle, donnerait de l’insomnie au régime de la rupture au regard du contexte dans lequel il est organisé. Ceci pour cause, les béninois ont perdu leur joie et engouement d’aller voter. Pire, l’issue de ce scrutin semble être connue depuis la clôture des dépôts de dossiers de candidature. En octobre 2025, la Commission Électorale Nationale Autonome (Cena) a validé deux duos dont les poids n’équivalent en rien sur le papier et même sur le terrain. Un duo perçu et considéré comme un faire-valoir et l’autre, plébiscité par la majorité au pouvoir se voit déjà au Palais de la Marina mais avec un grand doute sur sa légitimité, si l’on s’en tient à l’engouement de plus en plus régressif des béninois à voter.
En effet, pour la présidentielle de 2026, seuls les duos Romuald Wadagni -Mariam Talata et Paul Hounkpè-Rock Hounwanou sont en lice. L’opposition, notamment le parti Les Démocrates n’a pu valider son ticket pour défaut de parrainage. Du coup, les béninois seront appelés à choisir entre Wadagni et Paul Hounkpè qui respirent tous la mouvance sauf que le second n’a théoriquement aucun poids pour challenger l’héritier choisi et désigné du président en exercice. A tout point de vue, Romuald Wadagni pèse plus que Paul Hounkpè dont le parti n’a même pas pu réunir 5% des suffrages exprimés sur toute l’étendue du territoire national, aux dernières élections législatives. Par contre, l’argentier national Romuald Wadagni, soutenu par les deux grandes formations politiques de la mouvance à savoir l’Union Progressiste le Renouveau (Upr) et le Bloc Républicain (Br), dispose de tous les atouts pour remporter haut les mains cette présidentielle. Le seul obstacle qui se dresse devant l’élection de Romuald Wadagni est la légitimité de son choix comme président du Bénin en 2026. Légalement, le problème ne se pose pas puisqu’il a été désigné par les siens et sa candidature a été validée par les structures qui ont en charge, l’organisation des élections au Bénin.
Le travail à abattre n’est ni pour vendre quelque projet de société que ce soit, ni pour rallier tel ou tel camp à sa cause, mais plutôt la mobilisation des béninois pour un vote massif le jour du scrutin. Depuis quelques années et plus précisément sous les mandats du régime de la rupture, les taux de participation aux différentes élections sont en chute libre. Aux dernières élections communales et législatives, ce taux était de 36% contre 37% en 2023. Le taux enregistré en 2026 lors des derniers scrutins pourrait être attribué à la participation de l’opposition qui a travaillé pour « la révolution électorale », souhaitée et voulue afin de prendre le contrôle de l’Assemblée Nationale. Cette opposition en plus de n’avoir pas pu obtenir de siège au parlement au terme des législatives n’a pas de duo pour la présidentielle. Elle pourrait donc travailler pour le boycott du scrutin par ses militants qui se chiffrent à plus de 450 mille soit plus de 16% des votants sur le plan national.
Si l’issue des élections sont désormais connue avant le vote, à quoi sert d’aller voter ? S’interrogent certains électeurs qui pourraient rependre cette philosophie défavorable à Wadagni et Talata.
A la présidentielle de 2026, le candidat Romuald Wadagni déjà élu avant le scrutin, devra donc travailler pour avoir une légitimité grâce au taux de participation au-dessus des 36% enregistré aux dernières élections communales et législatives.
Ce défi de légitimité est également l’affaire de toute la mouvance présidentielle et même du président Patrice Talon qui doivent, aux côtés du duo Wadagni-Talata, se battre pour convaincre les béninois à sortir pour exercer leur droit de vote. Autrement, le prochain président sera non seulement élu par défaut, mais aussi et malheureusement illégitime pour défaut de votants représentatifs même si les lois sont de son côté.
Comlan Paul ODAH