(La publication des résultats poste de vote par poste de vote souhaitée )
À l’issue du scrutin couplé du 11 janvier dernier, le Front des Organisations Nationales contre la Corruption (Fonac) dresse un tableau préoccupant du processus électoral. Dans un entretien accordé à Crystal News, son président, Jean-Baptiste Élias, pointe du doigt des dysfonctionnements observés avant, pendant et après le vote, tout en appelant à plus de rigueur, de transparence et au respect strict du code électoral.
Le Bénin n’en est pourtant pas à sa première expérience en matière d’élections couplées. Déjà le 11 décembre 1960, alors que le Dahomey comptait environ 2,43 millions d’habitants, le pays avait organisé simultanément des élections présidentielle et législatives, portant Hubert Maga à la magistrature suprême. Aujourd’hui, avec une population estimée à plus de 14,43 millions d’habitants, l’organisation du scrutin pose des défis plus complexes, mais pas insurmontables, selon le Fonac.
En effet, pour Jean-Baptiste Élias, les premières difficultés sont apparues bien avant le jour du vote. Malgré les recommandations formulées après les ratés de 2023, notamment sur la formation anticipée des agents électoraux, certains ont été formés la veille ou le jour même du scrutin, une situation jugée contraire aux exigences d’un processus crédible. À cela s’ajoute la question du matériel électoral, notamment l’insuffisance des blocs destinés aux feuilles de dépouillement, en violation des articles 90, 92 et 93 du code électoral.
Le jour du scrutin, les dysfonctionnements se sont accentués. Conformément au code, tous les postes de vote devaient ouvrir à 7 heures pour dix heures de travaux. Or, selon le Fonac, près de 19 % des postes n’ont pas ouvert à temps, notamment à Cotonou. Dans certains cas, dans le département de l’Atlantique, des postes n’ont ouvert qu’à 16 heures, contraignant les équipes à prolonger le vote jusqu’à 2 heures du matin. Ces retards ont eu des répercussions sur le transport des urnes, le dépouillement et, in fine, la proclamation des résultats.
Par ailleurs, sur le terrain, les observateurs du Fonac disent avoir discrètement parcouru 60 postes de vote. Le constat est sévère : seuls trois postes sur les 60 respectaient pleinement les dispositions du code électoral. Dans la majorité des cas, les délégués des partis n’ont pas reçu de procès-verbaux, compromettant toute possibilité de recours crédible devant la Cour constitutionnelle pour les formations politiques insatisfaites.
Après le vote, d’autres inquiétudes ont émergé. À Cotonou, des urnes auraient été déposées dans des escaliers au niveau des arrondissements, dans un climat de désordre peu rassurant pour la crédibilité du scrutin. Quant aux résultats proclamés par la CENA le 17 janvier, ils ont été présentés sous forme de chiffres globaux. De ce fait, le Fonac réclame, au nom de la transparence, la publication des résultats poste de vote par poste de vote, conformément aux recommandations de la CEDEAO formulées en 2022 à Grand-Bassam.
Tout en se voulant modérément critique, Jean-Baptiste Élias appelle à des investigations pour situer les responsabilités, qu’elles incombent à la CENA, aux coordonnateurs ou aux agents électoraux. Il invite les décideurs à écouter le peuple, exhorte les Béninois au calme et encourage les partis politiques à privilégier la paix et, en cas de contestation, à saisir la Cour constitutionnelle. Pour le Fonac, seule une amélioration continue du processus électoral renforcera durablement la démocratie béninoise.
S. A