Prêtre assermenté et professeur certifié du Fâ, Koffi Aza livre une lecture rigoureuse et historique du Tofâ. À rebours des polémiques contemporaines, il affirme que le Tofâ n’est pas politisé au Bénin, mais demeure un instrument politique majeur, utilisé depuis des siècles pour éclairer la prise de décision des dirigeants. C’était dans un entretien accordé à Esae TV.
Dans un entretien exclusif, le prêtre de Fâ Koffi Aza a tenu à lever toute ambiguïté autour du rôle du Tofâ dans la société béninoise. Pour lui, les débats actuels sont souvent alimentés par une méconnaissance profonde du Fâ et de son histoire. « Le Tofâ n’est pas politisé et ne peut jamais l’être. Mais c’est un instrument politique, dans la mesure où il permet aux dirigeants de savoir ce qui va se passer dans la nation et de prendre des dispositions en amont », précise-t-il.
En effet, selon Koffi Aza, cette fonction n’est ni nouvelle ni conjoncturelle. Elle remonte à la période comprise entre 1715 et 1900, durant laquelle le Fâ accompagnait déjà les décisions stratégiques des pouvoirs royaux. « C’est exactement ce rôle que le Tofâ continue de jouer aujourd’hui aux côtés de nos dirigeants », insiste-t-il, rejetant toute tentative de récupération partisane.
L’entretien a également permis d’aborder la question des divergences d’interprétation entre les traditions Fon et Mahi. Le prêtre explique que certaines sagesses du Fâ ont été retenues différemment selon les écoles et les signes, comme c’est le cas de Toulassa et de Losso Sâ. « Vous pouvez trouver une même sagesse exprimée sous forme d’énigme chez les Fon et sous forme d’indication claire chez les Mahi. Ce sont des nuances héritées de l’histoire, que beaucoup de Bokônon contemporains ignorent », déplore-t-il, dénonçant des sagesses « inventées de toute pièce » sur les réseaux sociaux.
Par ailleurs, Koffi Aza revient également sur l’origine du Fâ au Bénin, souvent confondu avec un vodun. À Tori-Cada, explique-t-il, le Fâ fut appelé « Azôhouènoulê Vodun », alors que son véritable nom est Orunmila, devenu Olunmila en langue fon. « Il faut savoir raison garder et respecter l’histoire », martèle-t-il.
Enfin, le prêtre illustre la portée politique et sociale du Fâ par un épisode marquant du règne du roi Guézo, en 1850. Une énigme née lors des funérailles de la mère du roi est encore utilisée aujourd’hui par les Bokônon. « Cela montre que le Fâ est vivant, enraciné dans l’histoire et porteur de sens, loin des interprétations superficielles », conclut-il.
Gildas AHOGNI