Clap de fin pour l’édition 2026 des Vodun Days à Ouidah. Si la mobilisation populaire et l’ambiance festive ont confirmé l’importance grandissante de cet événement culturel majeur, un paradoxe saute aux yeux. Il s’agit de la domination écrasante de l’habillement moderne, au détriment des tenues traditionnelles pourtant au cœur de l’identité vodun. Une question s’impose désormais : comment célébrer une culture sans l’incarner pleinement ?
L’édition 2026 des Vodun Days s’est achevée le samedi 10 janvier dans une atmosphère de liesse populaire. Durant trois jours, du 8 au 10 janvier, Ouidah a vibré au rythme des cérémonies, spectacles et rituels, accueillant des milliers de participants venus de toutes les régions du Bénin et de l’étranger. Cette affluence confirme que la culture vodun continue de fédérer, de fasciner et de rassembler bien au-delà de ses terres d’origine.
Cependant, au-delà de la réussite organisationnelle et de la ferveur observée, un constat interpelle. L’habillement des participants a largement laissé à désirer. Jeans, tee-shirts, polos modernes, robes occidentales et baskets ont dominé l’espace, reléguant les tenues traditionnelles à une minorité presque marginale. À vue d’œil, près de 90 % des festivaliers étaient vêtus de façon moderne, comme s’il s’agissait d’un simple concert ou d’un événement ordinaire. Or, les Vodun Days ne sont pas un rendez-vous quelconque. Ils incarnent une célébration identitaire, spirituelle et culturelle profonde. L’habillement traditionnel n’y est pas un simple accessoire esthétique ; il est un langage, un symbole, une mémoire vivante. Porter le pagne, le boubou, le kaba, le bazin, le boumba, le tissu local ou les parures rituelles, c’est affirmer une appartenance, raconter une histoire et honorer un héritage ancestral.
À cet égard, l’image offerte par le gouvernement lors de la grande cérémonie Vodun et surtout lors de la consultation du Tofâ 2026 a été particulièrement éloquente. Des membres du gouvernement vêtus entièrement de blanc, dans une tenue locale sobre et symbolique, ont donné à voir toute la beauté et la force de la tradition. Cette scène a rappelé avec éclat que la valorisation culturelle passe aussi par l’exemplarité visuelle. Ce moment a prouvé qu’il est possible d’allier solennité, modernité institutionnelle et respect des codes traditionnels.
Dès lors, pourquoi ne pas aller plus loin ? Pour les prochaines éditions, il serait pertinent que les autorités et les organisateurs décrètent officiellement une journée dédiée à l’habillement traditionnel sur les trois jours des Vodun Days. Une telle mesure, loin d’être contraignante, serait pédagogique et fédératrice. Elle inviterait aussi bien les Béninois que les étrangers à s’approprier, le temps d’une journée, les codes vestimentaires locaux, contribuant ainsi à la promotion du “consommer local” et au dynamisme des artisans et créateurs traditionnels.
En définitive, valoriser la culture vodun ne se limite pas aux discours et aux rituels. Cela passe aussi par ce que l’on montre, par ce que l’on porte. Instituer une journée du traditionnel aux Vodun Days serait un pas fort vers une célébration plus cohérente, plus authentique et plus impactante de l’âme culturelle du Bénin.
Gildas Sègnidè AHOGNI