À quelques jours des élections générales du 11 janvier 2026, un communiqué de l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP) suscite interrogations et inquiétudes. L’institution y annonce la poursuite de l’enregistrement des citoyens et la délivrance gratuite du Certificat FID jusqu’au 10 janvier, soit la veille même du scrutin. Une décision présentée comme une mesure d’inclusion, mais qui pose probablement un problème de transparence électorale.
En annonçant l’ouverture exceptionnelle de ses services jusqu’à la veille du scrutin, l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP) relance un débat sensible : peut-on organiser une élection crédible sans connaître avec exactitude le nombre d’électeurs appelés aux urnes ?
En effet, dans tout processus électoral, la liste électorale constitue une pièce maîtresse. Elle permet non seulement de déterminer avec précision le nombre d’électeurs, mais aussi de garantir la sincérité des résultats. Or, en continuant d’enregistrer des citoyens jusqu’à la dernière minute, il devient presque impossible de connaître, à l’avance, le corps électoral réel. Cette situation pourrait affaiblir mécaniquement la capacité des acteurs politiques, de la société civile et même des citoyens à vérifier ou contester les chiffres de participation annoncés après le vote.
Si, au soir du scrutin, un nombre de votants est proclamé, sur quelle base pourra-t-on l’évaluer ? Sans chiffre stabilisé des inscrits, aucune comparaison fiable n’est possible. Le doute s’installe alors, non nécessairement sur la légalité du processus, mais sur sa lisibilité et sa traçabilité. Cette pratique tranche avec les usages des années antérieures, où la liste électorale était arrêtée plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant les élections. À cette époque, le nombre d’électeurs était connu, publié et accepté par l’ensemble des parties prenantes, offrant un socle minimal de confiance.
Il ne s’agit pas ici de nier le droit de chaque citoyen à disposer d’une pièce d’identification ou à voter. Mais une élection gagne en crédibilité lorsque les règles sont claires, prévisibles et stables. En l’état, la décision de l’ANIP, bien que légalement encadrée et louable, apparaît en décalage avec les standards de transparence électorale auxquels les Béninois ont été habitués.
À l’heure où la confiance dans les institutions reste un enjeu majeur, cette situation mérite un débat serein et approfondi.
Gildas AHOGNI