L’année 2025 aura été marquée au Bénin par une série d’interpellations et de poursuites judiciaires très médiatisées, touchant des journalistes, des activistes et de simples citoyens. Entre sécurité nationale, liberté d’expression et usage du numérique, ces affaires ont ravivé le débat sur l’état des libertés publiques dans le pays.
L’année 2025 restera comme l’une des plus sensibles sur le plan des libertés publiques au Bénin. Plusieurs arrestations retentissantes ont rythmé l’actualité, impliquant journalistes, activistes et citoyens ordinaires, dans un contexte sécuritaire tendu et de surveillance accrue des espaces numériques.
En effet, l’affaire la plus emblématique est sans doute celle du journaliste béninois Hugues Comlan Sossoukpè. Réfugié politique au Togo depuis 2021 et directeur du site d’investigation Olofofo, il a été interpellé le 10 juillet 2025 à Abidjan, alors qu’il participait à une mission professionnelle officielle. Invité par le ministère ivoirien de la Transition numérique pour couvrir un salon sur l’innovation digitale, il a été arrêté dans son hôtel avant d’être conduit à l’aéroport et expulsé vers Cotonou à bord d’un avion privé.
Malgré la mention de son statut de réfugié politique sur son passeport, Hugues Comlan Sossoukpè a été remis aux autorités béninoises. À son arrivée, il a été placé en garde à vue, présenté à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), puis incarcéré à la prison civile de Ouidah. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé un « traquenard » et exigé des explications, se disant « scandalisée » par les conditions de son arrestation et de son expulsion.
Dans le même registre, le journaliste et rédacteur en chef Olivier Allochémè a lui aussi été interpellé et entendu par la CRIET au cours de l’année. Poursuivi pour des publications jugées attentatoires à l’honorabilité du président Patrice Talon, il a expliqué à la barre que les informations incriminées provenaient d’un correspondant et relevaient d’un travail de synthèse rédactionnelle. Son avocat a plaidé la clémence, soulignant notamment son admission à un concours de recrutement d’enseignants universitaires, dans lequel il était le seul admis de sa discipline. Après avoir présenté ses excuses, le journaliste a finalement été remis en liberté.
Au-delà du monde des médias, 2025 a également vu l’arrestation de citoyens pour des faits liés à l’actualité politique et sécuritaire. Kébo Florence, une jeune femme devenue virale après la diffusion d’une vidéo de défiance envers le chef de l’État en marge des événements du 7 décembre liés à une tentative de coup d’État, a été interpellée par les forces de sécurité. Elle devra répondre de ses actes devant les autorités compétentes.
Selon les informations officielles, les services spécialisés, notamment le Centre national d’investigations numériques (CNIN), ont poursuivi tout au long de l’année des enquêtes visant à identifier et interpeller les auteurs, complices et soutiens présumés des actions jugées hostiles à la stabilité de l’État.
Ces différentes arrestations, parfois suivies de libérations, ont suscité de vives réactions au sein de l’opinion publique et des organisations de défense des droits humains. Elles illustrent les tensions persistantes entre impératifs sécuritaires et respect des libertés fondamentales, dans un Bénin confronté en 2025 à des défis politiques, numériques et démocratiques majeurs.
Gildas AHOGNI