Quelques jours après le coup d’État manqué du dimanche 07 décembre 2025, déjoué grâce au professionnalisme, au sacrifice et au dynamisme des Forces de défense et de sécurité, le pays s’est réveillé endeuillé avec le décès d’un soldat dans le camp loyaliste selon des sources officielles. Cette situation laisse des familles éplorées et une Nation profondément affectée. Dans de pareilles circonstances, le recueillement et la dignité devraient être les seules actions de l’action publique et politique.
Il est un secret de polichinelle que le Bénin a perdu un soldat dans le coup d’Etat déjoué du dimanche 07 janvier 2025 selon les sources militaires. Très vite, des récupérations politiques ont émaillé l’arène politique béninoise. Les condamnations sont allées dans tous les sens. Déclarations de presse, communiqués tapageurs, rassemblements improvisés, marches et occupations de l’espace public ont fleuri, souvent au nom de la condamnation du putsch. Chacun y va de son bon vouloir et en fonction de ses moyens. S’il n’est point de doute que condamner un acte aussi grave d’atteinte à l’intégrité du pays n’est ni interdit ni illégitime, la manière de le faire laisse désirer, car en voulant se faire voir et en voulant parler plus fort que l’autre, certains acteurs politiques ont semblé oublier l’essentiel, la douleur des familles du soldat tombé au champ d’honneur.
Ces récupérations dépourvues de tout moral sont non seulement déplacées, mais elles aggravent la peine des proches des victimes. Utiliser un drame national à des fins politiques, c’est aggraver la souffrance des familles et ajouter du bruit au silence nécessaire du deuil. En pareilles circonstances, de simples communiqués sobres, empreints de compassion et de responsabilité, auraient largement suffi. Il n’était nullement nécessaire de regrouper les foules, d’envahir les rues avec des pancartes ou de transformer un moment de deuil national en tribune politique où les attaques vont dans tous les sens. Face à une tentative de déstabilisation de l’État, la posture attendue de toutes les parties est l’unité. Qu’on soit de l’opposition ou de la mouvance, le mot d’ordre doit être le même : plus jamais ça. Tous les partis politiques sont appelés à parler d’une seule voix pour condamner l’acte, sans chercher à faire porter le chapeau à un camp ou à en tirer un avantage partisan ou même trouver des poux sur la tête du chauve. La République ne se défend pas par la division, encore moins par la surenchère. Rendre un hommage véritable au martyr du putsch manqué ne se résume pas à des déclarations publiques ou à des manifestations politiques.
La meilleure manière d’honorer leur mémoire est concrète et silencieuse. Il faut porter assistance à leurs familles respectives, accompagner les veuves et les orphelins, garantir un soutien moral, social et matériel durable sans attendre l’Etat. C’est à ce prix que la reconnaissance nationale prend tout son sens. Le Bénin a besoin, en ces moments délicats, de responsabilité, de retenue et de hauteur d’esprit. Dépolitiser le débat autour de ce drame, c’est respecter la mémoire du disparu et soulager, autant que possible, la peine de ceux qui pleurent encore. La Nation leur est redevable. Grâce à eux, le pays n’a pas sombré.
Mohamed Yèkini