Le dimanche 7 Décembre 2025, le Bénin a vécu des plus déplorables évènements de son histoire par une tentative de coup d’État. Des pertes en vue humaine ont été enregistrées et il a fallu l’intervention d’une armée étrangère pour éteindre un feu que le dialogue aurait pu éviter. Indigné, l’ancien ministre d’État chargé de l’économie et des Finances le docteur Komi KOUTCHE a, dans une publication faite sur sa page Facebook ce 08 Décembre 2025, condamné cet acte qui selon lui déshonore le Bénin et souille sa démocratie. Il a déploré la mise à mal du vivre ensemble à travers des événements que le dialogue pouvait éviter. Aussi s’est-il incliné devant la mémoire de celles et ceux qui ont perdu la vie dans ce tragique événement. Il a présenté par la même occasion ses condoléances aux familles éplorées et spécialement au « Général de Corps d’Armée Bertin Bada, qui a payé, avec sa famille, l’un des prix les plus lourds de cette crise».
Lire ici l’intégralité de son message publié sur sa page Facebook
Chers Compatriotes,
Depuis quelques heures, notre pays est le théâtre d’événements d’une gravité inhabituelle.
Le démocrate que je suis ne peut que condamner fermement toute tentative de prise de pouvoir par la force.
Pour nous, jeunes de ma génération et de celle qui suit, ce qui se déroule sous nos yeux dépasse l’entendement. Certes, notre histoire a connu plusieurs affaires de tentatives de coups d’État, mais depuis environ un demi-siècle, le Bénin n’avait plus jamais connu le crépitement des armes tel que vécu ce dimanche 7 décembre 2025.
L’intervention d’une aviation militaire étrangère et le déploiement, en cours, de forces étrangères sur notre sol constituent une première qui affecte profondément — et durablement — la fierté béninoise à laquelle nous sommes tant attachés.
Ces événements ne sauraient être considérés comme de simples épiphénomènes, mais bien comme la conséquence d’une rupture profonde de l’équilibre qui fonde notre vivre-ensemble. Cet équilibre, il nous faut désormais le reconstruire impérativement.
Le fait que les Béninois, jadis reconnus pour leur capacité à transcender leurs égos et leurs divergences pour résoudre leurs problèmes sans ingérence extérieure, se retrouvent aujourd’hui contraints de côtoyer des troupes étrangères et de voir planer au-dessus d’eux une aviation étrangère, nous interpelle tous.
Il nous impose la nécessité d’admettre l’évidence, afin que chacun apporte son bout de doigt pour boucher les trous de la jarre trouée, afin qu’elle puisse à nouveau contenir l’eau de nos valeurs communes et nous ramener à ce que nous étions : un peuple de dialogue, de mesure et de dignité.
Voir les choses sous cet angle n’est ni une capitulation ni un aveu de faiblesse. C’est, au contraire, choisir de placer le Bénin — notre précieux patrimoine commun — au-dessus de nos divergences et de nos frustrations individuelles. C’est aussi contribuer à inverser la dynamique de radicalisation qui, peu à peu, s’installe dans nos communautés autrefois paisibles et solidaires.
Procéder autrement reviendrait à repousser à demain la maturité des problèmes d’aujourd’hui, tout en laissant s’accumuler ceux qui naissent ou naîtront des incompréhensions et frustrations que seul un retour sincère à nos valeurs fondamentales peut apaiser.
Pour ma part, j’ai perçu cette évidence, et je m’efforce, autant que possible, d’y répondre avec responsabilité.
En ce moment de questionnements et d’épreuves, je m’incline devant la mémoire de toutes celles et de tous ceux qui ont payé de leur vie ces événements malheureux du dimanche 7 décembre 2025.
J’ai une pensée particulière pour le Général de Corps d’Armée Bertin Bada, qui a payé, avec sa famille, l’un des prix les plus lourds de cette crise. Une relation d’amitié et de fraternité vieille d’environ un quart de siècle nous lie, relation que ni les charges officielles ni les contingences de la vie publique n’ont pu altérer.
Connaissant ses valeurs personnelles au-delà de ce que les charges officielles peuvent laisser imaginer, je ne peux qu’éprouver une profonde tristesse face à l’épreuve que lui et les siens se voient désormais condamnés à porter tout le reste de leur vie. J’adresse également ma compassion à toutes les familles qui se sont vue cruellement séparées de leurs proches du fait de ces évènements. Dieu saura trouver le moyen juste pour les réconforter.
Tout comme Dame Prudence Amoussou et tant d’autres innocents, auparavant, Madame Berthe Bada vient de payer, elle aussi, le prix de la rupture de quelque chose de fondamental dans les valeurs qui cimentaient notre société. À qui le prochain tour ?
Il nous appartient de reconstruire notre vivre ensemble, car nul ne doit plus jamais connaître de tels drames. Nous ne saurions laisser perdurer cette polarisation de notre société qui s’installe et qui se creuse davantage.
Je ne saurais conclure sans apporter une clarification concernant une courte vidéo ayant circulé le 7 décembre 2025, présentée à tort comme un message récent à l’endroit de nos forces armées.
Même si mes collaborateurs ont déjà apporté les éclaircissements nécessaires sur la manipulation qui semble entourer cette diffusion, je souhaite réaffirmer ici que je n’ai effectué aucune sortie publique récente.
La vidéo en question, extraite on ne sait par qui, provient d’une intervention du 6 avril 2021, réalisée dans un contexte radicalement différent de celui du dimanche 7 décembre 2025.
Que Dieu bénisse le Bénin.
Dr. Komi KOUTCHÉ
Washington, le 08 décembre 2025