À l’approche des élections législatives de 2026 au Bénin, la nouvelle configuration introduite par la loi n°2024-13 du 15 mars 2024 modifiant et complétant la loi n°2019-43 portant Code électoral donne de l’insomnie aux acteurs politiques. Longtemps perçue comme un dispositif essentiellement défavorable à l’opposition en particulier au parti Les Démocrates, cette réforme pourrait finalement avoir des conséquences plus complexes, et potentiellement lourdes, pour les partis de la mouvance présidentielle en course pour les législatives de 2026.
Une équation difficile continue de ronger le acteurs politiques de toutes tendances confondues à la veille des élections législatives du 11 janvier 2026. Il s’agit de l’article 146 nouveau de la loi n°2024-13 du 15 mars 2024 modifiant et complétant la loi n°2019-43 portant Code électoral qui stipule que « seules sont éligibles à l’attribution des sièges, les listes ayant recueilli au moins vingt pour cent (20%) des suffrages valablement exprimés dans chacune des circonscriptions électorales législatives. Toutefois, pour les partis politiques ayant conclu et déposé à la Commission électorale nationale autonome préalablement à la tenue du scrutin un accord de coalition parlementaire, il sera procédé, pour le calcul du seuil prévu à l’alinéa précédent, à la somme des suffrages de ceux ayant recueilli au moins dix pour cent (10%) des suffrages exprimés au plan national ». La nouvelle disposition introduit désormais deux conditions fondamentales pour qu’un parti politique puisse prétendre à l’attribution des sièges à l’Assemblée nationale. Il faut avoir obtenu au moins 20 % des suffrages valablement exprimés dans chaque circonscription électorale ou avoir conclu un accord de coalition parlementaire, auquel cas seuls les partis ayant recueilli au moins 10 % des suffrages exprimés au plan national peuvent voir leurs voix agrégées à celles des partenaires de la coalition. Cela implique un seuil de représentativité beaucoup plus exigeant et constitue des verrous politiques dont les implications sont profondes. De facto, les coalitions ne garantissent plus l’éligibilité automatique. Contrairement à ce que certains responsables politiques avaient laissé entendre dans les premiers jours suivant la publication de la loi, la signature d’un accord de coalition parlementaire ne constitue pas une assurance-vie électorale. Pour en bénéficier, il faut atteindre individuellement 10 % au plan national. Dans le cas contraire, même un accord signé avec un grand parti de la mouvance ne permettra pas à une formation politique de bénéficier d’un quelconque siège. Des partis alliés de la majorité pourraient donc se retrouver sans député, ce qui créerait un précédent inédit depuis la réforme du système partisan.
La mouvance présidentielle face à une compétition interne accrue
A voir de près et avec un regard d’analyste, la nouvelle configuration juridique fait monter une pression considérable sur les partis de la mouvance. Là où les accords politiques permettaient autrefois de sécuriser une représentation parlementaire minimale, la nouvelle loi impose une véritable démonstration de force individuelle. Résultat, une grande bataille électorale s’annonce entre les partis du même camp, chacun cherchant à atteindre le seuil salvateur des 10 % au niveau national ou celui des 20 % dans chaque circonscription électorale. Loin de s’unir face à l’opposition, les partis de la mouvance devront d’abord se livrer une concurrence interne rude pour garantir leur survie parlementaire. De façon paradoxale, le dispositif pourrait avantager le parti Les Démocrates. Unique formation de l’opposition représentée nationalement, le parti de Boni Yayi bénéficie d’un positionnement clair avec aucune concurrence directe dans son camp. Cette absence de rival interne pourrait permettre au parti de concentrer les voix de l’électorat d’opposition, d’éviter la dispersion des votes et potentiellement d’atteindre plus facilement les seuils fixés par la loi. Ainsi, contrairement à l’idée largement répandue selon laquelle la loi serait mise en place contre Les Démocrates, elle pourrait aussi affecter plusieurs partis de la mouvance, parfois même de manière plus drastique si ceux-ci n’atteignent pas les seuils imposés. In fine, la loi électorale révisée n’impacte pas seulement l’opposition ou les grands partis. Les semaines qui précèdent les législatives de 2026 s’annoncent donc tendus avec une concurrence accrue dans la mouvance, une nécessité d’un ancrage local très fort, une lutte pour dépasser les seuils décisifs et un repositionnement stratégique des petites et moyennes formations. Les prochaines campagnes pourraient donc s’annoncer plus corser et réserver de grandes surprises.
Alassane Touré