Présentée au Musée départemental Albert-Kahn, l’exposition Bénin aller-retour propose une relecture singulière du Dahomey colonial des années 1930. En confrontant archives filmées et photographiques à des œuvres contemporaines d’artistes béninois et internationaux, elle déconstruit les clichés coloniaux et ouvre un dialogue sensible entre passé et présent.
L’exposition Bénin aller-retour, regards sur le Dahomey de 1930 s’inscrit dans une démarche exigeante cette fois-ci. Il s’agit d’interroger les images coloniales sans les effacer et les contextualiser sans les sacraliser. Au cœur du parcours figurent les Archives de la Planète, vaste projet lancé en 1912 par Albert Kahn et aujourd’hui inscrites au registre Mémoire du monde de l’UNESCO. L’ambition de ce projet était alors de constituer un inventaire visuel du monde au début du XXᵉ siècle, convaincu que voir, c’est déjà comprendre.
C’est dans ce cadre qu’est menée, en 1930, une mission exceptionnelle au Dahomey, actuelle République du Bénin. Unique incursion des Archives de la Planète en Afrique subsaharienne, cette expédition est conduite par le père Francis Aupiais, missionnaire de la Société des missions africaines de Lyon, accompagné de l’opérateur Frédéric Gadmer. Pendant quatre mois et demi, ils documentent la société dahoméenne, ses structures de pouvoir, ses pratiques religieuses et son quotidien. De cette immersion naît un corpus remarquable : plus de mille autochromes en couleur et 140 bobines de films, qui comptent parmi les premiers jalons de l’ethnographie filmée française.
Par ailleurs, il faut noter que l’exposition s’articule autour de trois axes majeurs. Il s’agit de la colonisation et évangélisation, pouvoir et royauté, vodun. Loin d’un regard condescendant alors fréquent à l’époque coloniale, les images témoignent d’une fascination respectueuse pour la spiritualité vodun, le culte des ancêtres et les arts divinatoires. Ce regard, déjà nuancé en 1930, est aujourd’hui questionné et enrichi. Car Bénin aller-retour ne se contente pas de montrer des archives. Elle les met en tension avec des œuvres contemporaines d’artistes tels que Ishola Akpo, Sènami Donoumass ou Roméo Mivekannin. Installations, photographies et créations plastiques, parfois spécialement commandées, dialoguent avec les images du passé, les prolongent ou les contredisent.
Entre objets rituels, films anciens et créations actuelles, l’exposition affirme une idée forte. Les images coloniales ne sont ni neutres ni figées. Revisitées depuis le présent, elles deviennent des outils de réflexion, permettant aux sociétés concernées de se réapproprier leur histoire et d’en réécrire le récit.
Gildas AHOGNI