Du 22 au 29 novembre 2025, les ministres du gouvernement et députés de la mouvance prennent d’assaut les villes et villages du Bénin pour, disent-ils, vulgariser les nouvelles dispositions de la Constitution adoptée à la hâte dans la nuit du 14 au 15 novembre 2025. Une initiative présentée comme un acte de transparence et de pédagogie citoyenne. Mais à y regarder de près, cette tournée ressemble bien davantage à une opération politique tardive, mal pensée et destinée à maquiller un processus de révision critiqué de toutes parts.
D’Abomey-Calavi à Parakou en passant par Abomey, Sô-Ava et d’autres villes du Bénin, plusieurs localités reçoivent du 22 au 29 novembre 2025, les responsables des partis de la mouvance présidentielle dont les ministres et députés dans le cadre d’une tournée d’explication sur les nouvelles dispositions de la Constitution votée il y a quelques jours à l’Assemblée nationale. Ce déploiement massif d’autorités publiques dans les communes ressemble à s’y méprendre à la métaphore du médecin après la mort, car si la vulgarisation est un devoir, elle serait bien intervenue avant le vote de la loi et non avant la promulgation comme les mouvanciers veulent le faire croire. Les populations, premières concernées par les modifications de leur Loi fondamentale, auraient dû être sollicitées avant le vote, pas une fois le texte adopté dans les conditions controversées que tout le pays connaît. On se demande bien si les ministres et députés de la mouvance, devenus soudain pédagogues itinérants, ne sont pas en train d’essayer de réparer une omission grave. Cette démarche qui aurait pu être saluée si elle avait précédé le vote apparaît aujourd’hui comme une simple pièce de théâtre institutionnel. Derrière les discours planifiés, mémorisés et les sourires trompeurs affichés, cette tournée de la mouvance a tout d’une campagne politique déguisée et anticipée. Alors même que la Commission électorale nationale autonome (Céna) n’a pas encore publié la liste définitive des partis en compétition pour les élections législatives du 11 janvier 2026, les responsables politiques de la mouvance ont déjà pris de l’avance sur le terrain. Sous couvert d’explication des nouveaux articles, ils tentent de séduire des populations déstabilisées par la révision expresse de la Constitution. Cette « vulgarisation » ressemble ainsi davantage à une opération de séduction qu’à un exercice républicain. Il s’agit, en somme, de faire accepter aux citoyens une pilule amère tout en disposant d’une tribune pour assurer la reconduction des représentants du pouvoir.
Les non-dits de la tournée
Lors de leurs interventions publiques, les promoteurs de la nouvelle Constitution sélectionnent soigneusement les dispositions qu’ils veulent mettre en avant. Ils présentent au peuple des « avancées », mais évitent scrupuleusement les points les plus sensibles du texte. Les émissaires n’osent pas dire aux populations le double-revers du passage de la législature des députés de cinq à sept ans avec un nombre illimité de mandats. Ils ne disent pas aux populations que ce changement ne permet pas aux jeunes de bénéficier des fruits de leur militantisme au sein des partis politiques ou de se faire élire dans les instances de prises de décision. Ils ne parlent pas aussi de la « trêve politique », ce mécanisme qui ne permet plus de critiquer l’action du président de la République, au risque de se voir priver de ses droits civiques. Une mesure qui met en péril la démocratie acquise de haute lutte, limite la liberté d’expression et fragilise gravement le multipartisme.
Un vote obtenu dans des conditions troubles
Ce que les missionnaires de la vulgarisation omettent soigneusement de dire, c’est que la réforme constitutionnelle elle-même a été adoptée dans des conditions désastreuses. Les débauchages de députés de l’opposition, les pressions et les manœuvres fondées sur ce que certains qualifient de « ruse et rage », ont jeté une ombre indélébile sur la légitimité du processus. Au vu de tout cela, il est clair que cette tournée n’avait plus raison d’exister. Le texte est voté. Le Bénin vit désormais sous une nouvelle Constitution dont les implications réelles ne sont toujours pas clairement présentées aux citoyens. Sortir maintenant pour « expliquer » revient à colmater les fissures d’un mur déjà écroulé. Au lieu de mobiliser des ressources financières et logistiques considérables pour cette campagne tardive, il aurait été plus sage et plus respectueux du peuple de les utiliser pour des projets urgents et concrets qui améliorent la vie des populations. Une chose est sûre, l’histoire retiendra que le peuple n’a pas été consulté quand il le fallait.
Alassane Touré