Un paiement d’au moins 50 millions de dollars, plus près de 20 millions additionnels sous forme d’armement, aurait été versé au JNIM pour obtenir la libération de trois otages, dont un général émirati à la retraite. Cette opération intervient dans un contexte où le groupe jihadiste impose un embargo pétrolier sur la capitale malienne et où les mécanismes de financement du terrorisme sont à l’affût.
Dans un communiqué relayé par plusieurs médias, des sources indiquent que la JNIM, affiliée à Al‑Qaïda, a exigé et obtenu « au moins 50 millions dollars » et « l’équivalent de 20 millions dollars en munitions » pour la libération de trois otages. Parmi eux figurait Joumaa Ben Maktoum al‑Maktoum, ancien général émirati et membre de la famille régnante de Dubaï. Cette somme, très supérieure aux rançons habituelles de « six à dix millions dollars », selon l’analyste Wassim Nasr, interroge sur le véritable usage de ces fonds.
Habituellement orientée vers des ressortissants occidentaux, la JNIM a ciblé cette fois des États du Golfe ou des individus liés à ces pays, faisant évoluer sa stratégie. La cible émiratie a permis d’accroître significativement les enchères. Cette transaction record peut ainsi être interprétée non seulement comme une manière pour la JNIM de renflouer ses caisses, mais aussi comme un acte politique, dans une période où elle frappe l’économie malienne.
Depuis début septembre 2025, la JNIM a imposé un embargo sur les importations de carburant à destination de la capitale Bamako, provoquant une pénurie d’essence, des files d’attente sans fin et une paralysie de l’activité économique. Ce blocus économique et cette rançon massive semblent converger : affaiblir l’État malien tout en assurant une rentrée significative pour le groupe terroriste.
Rançon ou canal de financement ?
Pour la communauté internationale, un tel versement peut être envisagé comme un moyen de « financement du terrorisme ». Le rapport de Financial Action Task Force (FATF) et de la Inter‑Governmental Action Group against Money Laundering in West Africa (GIABA) montre que les groupes terroristes en Afrique de l’Ouest exploitent à la fois des activités licites et illicites pour collecter et transférer des fonds. Une rançon de cette ampleur – susceptible d’être réinjectée sous forme d’armes, de carburant ou d’autres ressources – s’inscrit clairement dans cette logique. Pour les autorités maliennes, cette affaire tire une sonnette d’alarme car une répétition de pareils chiffres de rançons pourrait renforcer les capacités militaire et économique du JNIM. Une telle situation pourrait empirer la crise sécuritaire observée depuis quelques années en Afrique subsaharienne.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU.