Les Béninois se rendront aux urnes en janvier 2026 pour élire les membres de l’Assemblée nationale et ceux des conseils communaux. À quelques mois de ces élections couplées, la mouvance présidentielle s’emploie à montrer une nouvelle image. Officiellement, le discours est clair, faire une place de choix aux jeunes et aux femmes dans les listes de candidatures, mais derrière les communiqués, directives et les discours séduisants, la réalité du terrain est tout autre.
A quelques semaines des élections législatives et communales du 11 janvier 2026, l’annonce de la priorité donnée aux jeunes et femmes pour la constitution des listes de candidatures brandie par la mouvance présidentielle comme un trophée de guerre n’est en réalité qu’un écran de fumée, un slogan sans substance destiné à embellir des listes façonnées par les réseaux de pouvoir et de favoritisme. Fidèle à leurs méthodes et stratégies de séduction, les partis politiques soutenant les actions du président sortant, Patrice Talon, à la veille des échéances électorales de janvier prochain ont rendu public des communiqués et des directives invitant les coordonnateurs de section, des sous-sections et les responsables à divers niveaux des partis à œuvrer pour la promotion des jeunes et des femmes pour les candidatures. Pour les accoutumés du mode de fonctionnement de ces partis, ces messages qui interviennent à la veille des joutes électorales ne sont que des annonces électorales qui restent sans surprise.
En vérité, la promotion annoncée de la jeunesse et du genre féminin est une stratégie bien rodée pour capter un électorat de plus en plus critique et désabusé. Sur le terrain, la réalité fait découvrir toute autre chose. Le choix des candidats n’a, dans la majorité des cas, rien à voir avec le mérite, l’engagement militant ou la compétence. Les dés sont pipés d’avance et les candidats sont connus déjà sans grande suspense. Le favoritisme, le clientélisme et les recommandations personnelles continuent de dicter la composition des listes électorales. Il faut avoir un parrain politique ou un mentor pour être sur la liste. De nombreux jeunes militants, investis depuis des années dans les activités de leurs partis, espéraient logiquement bénéficier de cette promesse d’ouverture, mais ils ont été écartés au profit d’individus qui n’ont rejoint les rangs de la mouvance qu’à la dernière minute les fameux « ouvriers de la 25ᵉ heure ».
Ces parachutages, justifiés par des alliances d’intérêts ou des appuis financiers, ont semé la frustration dans les bases militantes. Dans plusieurs localités, la déception est grande. Les jeunes qui ont mouillé le maillot pour le parti se sentent trahis, les femmes mobilisées depuis des années se voient reléguées à des postes symboliques ou purement supplétifs. D’autres sont carrément oubliés et réduits au silence malgré tous les sacrifices financiers et matériels faits depuis des années. Selon certaines indiscrétions, le président Patrice Talon aurait exprimé son désaccord aux leaders de l’un des grands blocs de la mouvance au cours d’une rencontre par rapport aux listes de candidatures conçues. Son mécontentement ferait suite aux nombreuses plaintes émanant aussi bien de jeunes militants que de cadres mécontents. Face à l’ampleur de la grogne, il aurait exprimé sa colère contre les dirigeants accusés d’avoir trahi l’esprit de rajeunissement promis. Le chef de l’État aurait même exigé une reprise partielle des listes, estimant que les critères de choix manquent de transparence et de cohérence avec la ligne politique qu’il souhaite défendre. Loin, le chef de la majorité aurait même souhaité que les identités de certains députés et ministres soient purement et simplement éjectées des listes de candidatures pour les législatives. Malgré cette intervention du maître du jeu politique de la mouvance, certains doutent toujours d’un changement, car la domination des « parrains politiques » et des réseaux d’influence reste totale sur le terrain.
Les rares jeunes et femmes qui figurent sur les listes ont souvent été choisis pour leur loyauté à des figures influentes des partis politiques ou en fonction des considérations électoralistes et pas pour leur engagement ou leur représentativité. Les guerres de clans rendent invisibles les jeunes et femmes les plus méritants pour être sur les listes Au-delà des discours de rajeunissement et de féminisation, c’est toujours la vieille logique politique qui domine avec la préservation des équilibres internes et la prime aux fidélités. Les lignes ne semblent donc pas bouger. Pendant que les Béninois attendent une véritable alternance générationnelle et une ouverture aux forces vives, la mouvance semble s’enfermer dans un cercle vicieux où les mêmes acteurs « have seen » s’imposent au détriment des jeunes talents. Une situation qui ne restera pas sans conséquences politiques avec le désintérêt de la base et la perte de crédibilité auprès des jeunes et femmes qui constituent les électeurs dont les voix pèsent dans la balance dans les urnes.
Mohamed Yèkini