Sous le régime du président Brice Oligui Nguema, le Gabon s’emploie à reprendre la main sur sa richesse pétrolière. Entre renforcement du contrôle fiscal, acquisitions stratégiques et montée en puissance de la société nationale, le pays amorce un assainissement en profondeur d’un secteur longtemps dominé par les firmes étrangères.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président Brice Oligui Nguema mise sur la montée en puissance des opérateurs nationaux. En mars 2025, l’État a racheté la société française SMP Afrique, spécialisée dans la maintenance et le forage pétrolier. Quelques mois plus tôt, la société gabonaise Koreg s’était vue attribuer les droits de prospection sur les blocs EF-7 et POMOK.3.
La plus grande opération reste cependant celle de juin 2024, quand la Gabon Oil Company (GOC) a exercé son droit de préemption pour acquérir Assala Energy, en pleine négociation avec le groupe français Maurel & Prom. Selon Jeune Afrique, cette acquisition permet à la GOC de contrôler désormais près d’un quart de la production nationale, soit environ 45 000 barils par jour.
L’État gabonais détient désormais entre 10 et 20 % du capital des entreprises étrangères opérant dans le secteur pétrolier. Cette participation, selon le ministère de l’Économie, est comparable à celle pratiquée par d’autres pays africains producteurs au niveau de développement équivalent. L’objectif est de maintenir l’attractivité du pays tout en garantissant une juste rémunération pour les Gabonais.
Mais la souveraineté passe aussi par la transparence fiscale. Les grandes compagnies, notamment françaises, se conforment davantage aux obligations locales. Ainsi, TotalEnergies EP Gabon a versé 103 millions de dollars d’impôts et taxes à l’État en 2024, contre 64 millions l’année précédente — une hausse de 60 %. Cette augmentation peut s’expliquer à la fois par la hausse de la production de barils et par le renforcement du contrôle fiscal opéré par les autorités gabonaises.
Des ambitions freinées par un manque d’expérience
Si la souveraineté énergétique progresse, la GOC fait face à des défis structurels. Pour l’exercice 2025. La société a annoncé une baisse de 823 000 barils de la production d’Assala Energy par rapport à 2024. Ce recul serait lié, selon Gabonreview à un déficit de compétences techniques et de personnel qualifié aux postes clés. Ces difficultés rappellent que l’État, dont 50 % des recettes dépendent du pétrole, doit investir dans la formation et la modernisation de ses infrastructures pour conserver les performances des sociétés reprises.
Le CEPP, clé d’un équilibre souverain
Au Gabon, les partenariats pétroliers sont régis par des Contrats d’Exploration et de Partage de Production (CEPP) — équivalents aux Contrats de Partage de Production (CPP) employés dans d’autres pays africains. Ces contrats permettent à l’État de partager la production avec les opérateurs : une part couvre les coûts (cost oil) et une autre, dite « profit oil », revient à l’État et à la société nationale.
Selon des documents officiels publiés par le ministère de l’Économie, des CEPP comme Owali n° G5-100 ou Etame n° G4-160 précisent les obligations d’investissement, d’exploration et de redevances dues. Ce cadre juridique garantit à l’État un contrôle réel sans effrayer les investisseurs.
À titre comparatif, la République démocratique du Congo a connu des litiges avec la société Perenco pour non-respect d’engagements environnementaux et fiscaux. Comme le rappelle Le Monde, ce type de relations déséquilibrées affaiblit la souveraineté des États. Le Gabon semble en tirer les leçons, préférant un cadre contractuel stable, souverain et transparent.
Une approche pragmatique pour préserver la crédibilité du pays
Le gouvernement évite les ruptures unilatérales de contrats signés sous le régime Bongo, conscient des risques d’arbitrages internationaux. Jeune Afrique rappelle à ce propos le précédent nigérien, où la suspension du pipeline d’Agadem par Niamey a coûté environ 40,5 millions de dollars par mois à l’économie nationale. Le Gabon préfère donc avancer pas à pas, en consolidant ses acquis et en misant sur la compétence.
Entre contrôle fiscal accru, montée en puissance de la GOC et mise en œuvre rigoureuse des CEPP, le pays pose les bases d’une souveraineté énergétique durable. L’enjeu, désormais, est de transformer cette ressource en richesse partagée, au service de tous les Gabonais.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU